vendredi 17 juin 2011

Comprendre le bilan d'une banque

J'en parle souvent sur le blog mais je me rends compte que tout le monde ne comprend pas forcément comment fonctionne un bilan bancaire...

Tout ceci vaut en gros pour les banques, les banques centrales, les assurances vies, avec quelques spécificités près (comme par exemple la FED qui reverse les intérêts reçus du Trésor au Trésor). Mais l'idée générale est bien là...

Je ne suis pas sûr à 100% de ce que j'écris avec mes petits moyens d'amateur, donc si vous voyez des âneries, n'hésitez pas à me reprendre...

Le bilan d’une banque
La Finance pour Tous, 13/04/2010 (en Français texte en français )
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Donc voila. On a en gros deux colonnes, l'actif et le passif, qui doivent être grosso modo égales (sauf hors bilan) :
   l'actif : il s'agit de l'argent que la banque a prêté et qu'on lui doit. Avec intérêts bien évidemment. Ce sont ces intérêts qui font les revenus de la banque.
   le passif : il s'agit de l'argent que la banque doit à d'autres acteurs. Avec intérêts là encore...

La banque se rémunère avec le différentiel entre les taux d'intérêts demandés sur son actif et les taux d'intérêts servis sur son passif.

Les tailles des différents blocs ici sont un peu artificielles. En effet, le très gros de l'actif d'une banque, ce sont ses crédits à la clientèle et à l’État.

Si une banque a un passif trop important et qu'elle ne trouve pas à prêter cet argent, elle a de la capacité de crédit non utilisée. A l'inverse, une banque qui aurait des prêts à accorder peut manquer de passif en contrepartie. Ces banques peuvent alors se prêter entre elles. C'est l'interbancaire (money markets, LIBOR, EURIBOR, EONIA, toussa toussa...)

Enfin, à l'actif, on retrouve ce qu'ils appellent les immobilisations. Il s'agit ici du matelas de cash imposé par les règles de Bâle entre autres, les réserves obligatoires à la banque centrale... Il s'agit ici d'avoir un minimum de sous immédiatement disponibles pour encaisser un début de bank run.

Du côté du passif, on retrouve, par ordre de protection, les dépôts (les poypoys lambda qui pensent que leur argent à la banque est disponible), les détenteurs d'obligations (comptes à terme, obligations...), et les actionnaires (fonds propres).

Je vais passer ici sur le côté hors bilan, qui y est quand même pour beaucoup dans la crise, avec leurs SIV (Structured Investment Vehicules) et autres joyeusetés à refourguer de la merdouille titrisée depuis les îles Caïman et autres lieux fiscalement festifs.

Pour une banque centrale, on aurait quelque chose du même acabit. Mais la clientèle, ici, ce sont des banques. cf ici pour un bilan de la BCE. Contrairement aux billets, l'or, lui, appartient bien à la banque centrale, et apparaît à l'actif....

Notez que sur cette histoire de réserve fractionnaire, les banques sont de moins en moins régulées par les réserves mais de plus en plus régulées par les fonds propres... Cf régulations de Bâle, comme les ratio Tier one, le ratio Mc Donough & Cooke... Encore aujourd'hui, ils annoncent une hausse de ces ratios pour les banques dites systémiques. Ainsi, en plus de demander aux banques d'avoir un matelas de cash minimum à leur actif (pour encaisser un bank run et une crise de liquidité), on leur demande désormais surtout d'avoir un pourcentage minimal de fonds propres à leur passif (afin d'encaisser une crise de solvabilité, c'est à dire une baisse de la valeur de l'actif).

Une crise de solvabilité et non de liquidité
Or comme l'explique Bruno Bertez, ce qu'on vit aujourd'hui, c'est une crise des bilans. Le point crucial, ce n'est pas la liquidité immédiatement disponible pour encaisser un bank run (crise de liquidité), surtout depuis que, avec la mort de Lehman, les banques centrales ont repris leur rôle historique de money markets et rouverts leurs guichets... Mais le véritable risque aujourd'hui, c'est la solvabilité, c'est à dire que des emprunteurs à l'actif ne puissent pas rembourser, que la banque subisse des pertes sur l'argent prêté, et que la taille de l'actif diminue. Il faut alors faire diminuer le passif en conséquence pour équilibrer. Ce qui signifie des pertes. Et là, dans l'ordre, en théorie, on rince les actionnaires. Si ça ne suffit pas, on renégocie voire on rince les créances des bond holders. Et si ça ne suffit toujours pas, toutes les couches de protection ont été bouffées et il ne reste plus que les dépôts, à nu, pour encaisser les pertes... (en fait un bilan bancaire, c'est un peu comme un subprime titrisé, avec ses 3 tranches de risque, avec des taux de rémunération différents pour chaque tranche selon qu'elle est exposée en priorité au risque ou non)...

La finance est un outil extraordinairement puissant et il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Une des constantes de tous les pays pauvres est qu'ils n'ont pas de système bancaire digne de ce nom. Grâce à l'intermédiation bancaire, les gens qui ont de l'épargne, se retrouvent à financer ceux qui ont des projets. C'est un formidable moteur de croissance. Le problème, c'est la qualité de l'actif. Là où la banque devrait servir à financer les entreprises, on se rend compte que l'investissement s'est effondré en occident. Dans les actifs des banques, on ne retrouve plus aujourd'hui que deux types de créances, bien rances :
   la dette publique où les impôts des actifs d'aujourd'hui sont transformés en rente pour les épargnants d'hier.
   la dette immobilière, le tout à des prix de l'immobilier complètement grotesques.

cf ici pour voir le bilan des banques françaises d'après la banque de France...

Ainsi, si ces créances à l'actif sont des créances pourries, sans aucun véritable cash flow productif derrière, l'épargne en contrepartie est une fausse épargne. Et c'est là qu'on retombe sur le conflit de générations. Les neuneus de gôche s'arrêtent au "salauds de banquiers". Mais les banquiers ne sont que la part des actifs chargée par les épargnants de prélever les intérêts sur les actifs. Quand ceci sert à financer les entreprises et la croissance, tout le monde y trouve son compte. Mais aujourd'hui, ce n'est plus du tout ça. Il s'agit juste de parasitisme, de rente pure et simple... Les vieux rentiers ont d'un côté épargné l'argent des impôts qu'ils ont refusé de payer hier et exigent même des intérêts dessus désormais, et ils ont créé de l'autre tout un environnement afin de rationner l'immobilier. Et maintenant, ils prélèvent le tribut avec leur fausse épargne...

Prêt hypothécaire ou prêt sur la personne
Sur l'actif, juste une remarque, afin de bien noter cette caractéristique essentielle qui est le traitement du défaut. Aux USA, le gros des prêts sont dits hypothécaires et "non recourse", c'est à dire gagés sur quelque chose (la maison) et non sur l'emprunteur. L'emprunteur peut rendre la maison à la banque (walk away) et il ne lui devra plus rien. C'est à la banque de se débrouiller ensuite avec l'actif en gage du prêt. C'est assez spécifique aux USA. Partout ailleurs, généralement, l'emprunteur est responsable sur sa personne. Il n'y a aucun moyen pour qu'il se dégage de sa dette, sauf jugement...

L'impossible remontée des taux
Comme expliqué plus haut, la banque se finance avec le différentiel de taux entre son actif et son passif. Le principe de base, c'est que la banque emprunte court pour prêter long... Sauf que voila. Imaginez une banque qui a prêté sur 20 ans à 3,5%... Imaginez que les taux remontent et que le taux à plus court terme sur son passif passe à plus de 3,5%... Impasse... Depuis 1980, et la grande désinflation, les taux ne cessent de baisser, et les banques font du profit facile sur des prêts accordés à taux fixe élevé sur longue période, alors que le prix de la ressource à court terme ne cesse de baisser. Au fur et à mesure que les taux baissaient, les bilans des banques ont grossi, et la rente a gonflé avec. Dans un beau cercle vicieux, comme le note Charles Gave, cette rente a étouffé la croissance, ce qui faisait baisser encore plus les taux et incitait toujours plus les États à s'endetter... C'est le grand bull market sur les obligations dont parle tout le temps Bill Gross de Pimco et qui arrive à son terme. Car les taux sont arrivés à 0. Et sauf à interdire l'argent liquide, les taux ne pourront pas passer négatif. Et même si les taux ne remontent pas, ils ne pourront plus baisser... L'ère de la rentabilité facile est terminée... On est dans la trappe à liquidité, l'âge de glace de Edwards, la balance sheet recession de Koo... Bref, appelez comme vous le voulez, mais c'est grosso modo la fin de la route keynésienne... Le tout, en plus, sur fond de Peak Everything et d'impossible croissance, histoire de bien finir d'achever la qualité de l'actif...

Voila, fort de ce constat, il est temps d'organiser la déflation des goinfres. De reprendre cette fausse épargne en douceur et de faire dégonfler la rente (et donc aussi la taille des bilans et donc de la finance)...

De l'autre côté, on a les escronomistes manifestement altérés, et toute la fausse gôche, qui eux, veulent de l'inflation. Ca a le mérite de rincer la rente. Mais ça revient, comme toujours à gôche, à faire appel à la fausse sôlidarité, où on rincerait alors tant la bonne épargne que la fausse épargne... Et les goinfres qui ont fait du 4% l'an défiscalisé sur leurs assurances vie pourries se verront alors recavés par ceux qui auront bien agi... Bref le degré 0 de la politique... On achève de détruire le capitalisme qui devrait être le règne de la responsabilité... Les incitatifs sont bousillés. L'aléa moral devient la règle. Et les faillis sont encore une fois récompensés d'avoir mal agi... Bref, ces gens sont des escrocs et les fossoyeurs du capitalisme, tout autant que les banksters d'en face... Mais comme le plan de ces idiots utiles aura le mérite de sauver les goinfres et les banksters de la faillite, ils seront surement écoutés à la toute fin, et ils pourront crier victoire...

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