jeudi 14 avril 2011

Toujours sur le ponzi démographique

Dans la tête de nos élites, un pays qui perd de la population est un pays en déclin. Parce que c'est comme ça. C'est tout. Ça se discute pas.

Historiquement, en effet, c'est vrai. Une civilisation dont la population diminuait a toujours été le signe d'une civilisation en déclin...

Mais auparavant, le fait de faire beaucoup d'enfants était une donnée. Et du coup, l'augmentation de la population était un signe de bonne santé car de croissance. La fécondité était une donnée, et la croissance de la population était subie.

Du coup, la notion de PIB par habitant n'y avait pas d'utilité vu que selon une règle malthusienne bien connue, dès qu'un peu de croissance voyait le jour, la population augmentait d'autant de sorte que le niveau de vie restât le même. Ainsi, ce PIB par habitant était toujours limité au strict nécessaire et à la satisfaction des besoins primaires de la pyramide de Maslow.

Sauf que voila, ce que nos élites n'intègrent pas, c'est qu'il y a eu un changement majeur il y a 50 ans. Désormais, les jeunes peuvent choisir d'avoir des enfants.

Ainsi aujourd'hui, l'Humanité rentre dans un régime totalement différent. Il s'est instauré une boucle de rétroaction positive entre la richesse des jeunes et la fécondité. Quand cette richesse diminue, les jeunes font moins d'enfants. Quand elle augmente, la croissance étant là, ils en font plus. L'Humanité a trouvé d'elle même son régulateur malthusien.

Aujourd'hui, on rentre dans une période de ressources rares associée à une croulantocratie cupide et égoïste jamais rassasiée. Les jeunes sentant leurs conditions de vie se dégrader fortement par rapport à celles de leurs parents, ils font naturellement moins d'enfants pour garder la tête hors de l'eau. Si la science arrive à nous sortir de cette impasse des ressources et que la croissance revient, et/ou que les vieux arrivent à retoucher le sol et à laisser une place aux jeunes, devant le retour de la prospérité, je ne me fais aucun souci pour la fécondité...

Et les pays intelligents n'essaient pas d'aller contre cette régulation naturelle.

Prenons la démographie allemande :


Voyez comme avec les taux de fécondité actuels, la population diminue...

Typiquement, je vous invite à jouer un peu avec cet outil extraordinaire de l'INED, et qui permet de simuler des pyramides des âges (attention, il faut Internet Explorer, ça n'a pas l'air de marcher avec Firefox).

Voici la forme asymptotique d'une simulation de pyramide à 1,30 enfants par femme.


Et une autre à 2,10 enfants par femme :


Vous voyez en vert les actifs et en rouge les inactifs à la charge des actifs (j'ai mis directement la retraite à 65 ans histoire qu'on arrête de se mentir).

Dans un cas, il y a plus de vieux que de jeunes. C'est évident.

Et dans le premier cas, la population diminue. Dans le deuxième, la population croît encore un peu.

Mais globalement, la proportion d'inactifs n'est pas foncièrement différente entre les deux modèles. Dans un cas, on paye plus de retraites, dans l'autre, on a plus d'enfants à charge.

Mais ce qui est rare étant cher, clairement, dans le deuxième cas, la population, faisant peu d'enfants, est encline à s'investir au maximum dans chacun d'entre eux, et en arrive tout naturellement à faire de la croissance par habitant... La baisse de la population redonne de la prospérité aux jeunes par simple diminution mécanique du prix des actifs. Et le chômage est beaucoup plus faible. Le système est déflationniste par construction (baisse mécanique de la quantité de crédit et du prix des actifs liée à la baisse de la population) et les rendements de l'épargne sont faibles. Les taux d'intérêt sont bas. Et surtout la rente de patrimoine par habitant augmente. Idéalement, bien que ce ne soit pas lié à la démographie (mais que la déflation y incite alors que la dette s'alourdit mécaniquement chaque année), l'épargne, elle, va s'investir au mieux : dans les projets et les entreprises. L'éducation coûte peu, idéalement les anciens sont aussi priés de retoucher le sol, et on fait très peu de déficit public. La notion de bulle immobilière y est une aberration et la question est plutôt de se demander quel est l'immeuble que l'on va raser pour le transformer en lotissement...

Dans l'autre cas, les vieux ont toute la prospérité. La pénurie croissante des actifs par augmentation de la population fait augmenter le prix de leurs patrimoines acquis à bon compte, les taux d'intérêt sont plus élevés (car plus de demande), et le nombre plus important de jeunes par adulte incite moins à s'investir au mieux dans chacun d'entre eux. Dans le deuxième cas, on fait de la croissance des habitants sans croissance par habitant. Sauf que dans un contexte mondial de ressources de plus en plus rares, où ce qui est rare n'est plus la force de travail mais les ressources, avec une population moins bien formée, le chômage est important et l'appauvrissement généralisé... La rente de patrimoine par habitant diminue... Le capital du pays part en bulle immobilière pour compenser la pénurie, et devant l'appauvrissement généralisé, en déficit public pour donner des susucres à crédit visant à faire croire un temps à la population qu'elle ne s'appauvrit pas. Il ne reste rien pour les entreprises, qui souffrent en plus de taux plus importants.

Voila... Tout y est, noir sur blanc (ça m'a mis du temps à assembler tous les morceaux de cette partie là du puzzle).

Après, dans le premier modèle, je vois quand même deux écueils. Un, le poids des vieux dans la démocratie qui pourrait les faire tirer la couverture à eux. D'où la nécessité d'avoir un système politique ayant conscience des questions de justice générationnelle, chose que l'Allemagne a déjà très bien intégré, contrairement à la France. Deux, la grande masse de la population active a plus de 50 ans, ce qui pourrait scléroser l'économie. Mais avec des jeunes poussés par le fait qu'ils savent que c'est dans leur jeunesse que leur avenir se fait, et pas dans leur vieillesse, le tout couplé à une meilleure éducation, l'innovation et la création d'entreprise peut tout à faire tenir la route. Et puis, avec de l'immigration choisie, l'Allemagne pourra toujours faire venir la crème des jeunes de la planète pour leur offrir des conditions de vie bien meilleures que dans leurs pays respectifs à ponzi démographique, et qui ne s'intéressent qu'à goinfrer les vieux...

L'Allemagne a choisi le premier modèle de la croissance par habitant, et de miser sur des jeunes prospères et peu nombreux. La France le second modèle qui donne tout au vieux, n'améliore pas les conditions de vie de ses habitants, et n'offre aucun avenir à ses jeunes...

Et là dessus, vous rajoutez le Peak Everything...

Du coup, voici les news aujourd'hui (je vous passe nos clowns à roulette style De Villepin, qui sont tellement en panique, et qui après nous avoir interdit l'inflation ces derniers jours, n'ont plus rien d'autre à proposer que de décréter la richesse   ) :
L'austérité freinera la croissance(OFCE)
Reuters via Le Figaro, 14/04/2011 (en Français )
→ lien
En France, la croissance économique devrait ainsi se limiter à 1,4% cette année et 1,7% en 2012, et le chômage poursuivre sa progression, estime le centre de recherche économique de Sciences-Po dans ses perspectives 2011-2012 présentées jeudi.

Ces prévisions sont très inférieures à celles du gouvernement (2,0% cette année et 2,25% en 2012) et des principales institutions internationales.


La prévision de croissance 2011 revue en hausse en Allemagne
Boursier.com, 14/04/2011 (en Français texte en français )
→ lien
Le gouvernement allemand a révisé jeudi sa prévision de croissance annuelle en hausse pour 2011. Il estime que l'économie croîtra de 2,6% cette année contre une précédente prévision de 2,3%

Par ailleurs, la réduction du chômage devrait se poursuivre outre-Rhin, à 2,9 millions de personnes en fin d'année, puis à 2,7 millions en 2012. En mars, le nombre de demandeurs d'emplois avait reculé à 3,01 millions, soit 7,1% de la population active.

Et on parle là de croissance, à ajuster de la croissance de la population, pour avoir la croissance par habitant, la seule qui intéresse réellement la population...

Limpide non ?   

Alors pendant combien de temps encore les pseudo experts français vont continuer à nous chanter les louanges de la démographie française, nous vendre leur modèle suranné de multiplication des bactéries, qui ne fait qu'organiser la traite des jeunes, l'appauvrissement généralisé, l'explosion de la dette publique et qui ne profite qu'aux vieux ?

Mais nul doute que dans 30 ans, Karine Berger nous chantera encore la gloire de la démographie française et nous parlera du déclin allemand, alors qu'individuellement, chaque allemand sera deux fois plus riche qu'un français...   

En complément, growth vs prosperity du Crash Course de Martenson :
Chapitre 5: Croissance ou Prospérité
The Crash Course, Chris Martenson, 23/02/2009 (traduire en Français texte en anglais )

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