samedi 16 avril 2011

Sur l'inflation US

Une vidéo des bears d'xtranormal sur l'inflation :
Inflation Explained
ZeroHedge, 15/04/2011 (traduire en Français texte en anglais )
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Comme je l'ai déjà expliqué, c'est un peu plus subtil que ce qu'ils disent sur de la planche à billets bête et méchante...

Mais la ploutocratie qui exulte parce que leurs actifs remontent en même temps que la baguette de pain, et qu'ils conseillent à leurs amis ploutocrates d'investir dans le blé, c'est vraiment en effet l'achèvement ultime du groucho capitalisme...

D'ailleurs, au sujet de ce post cité au dessus, je vais essayer d'expliquer plus en détail comment je comprends la chose avec mes petits moyens d'amateur.

Avec la crise, les banques ne veulent plus prêter et les dépôts des gens dans les banques, partent au passif de la FED, à très court terme et à taux très bas (alors que la FED a repris son rôle de money market avec l'effondrement du money market privé dont la chute de Lehman Brothers était un avatar). La FED les reprête ensuite à l’État pour qu'il nous chie de la dette publique dans le vide, notamment pour garantir en échange de rien les dettes privées pourries des banques.

Cette dette est du pur argent cramé. Il n'y a pas le moindre investissement d'avenir en face. Son seul rôle est d'empêcher la-déflation-que-c'est-le-mâââl...

C'est con ? Non... C'est keynésien... Mais passez votre route. Les experts veillent en vous expliquant que c'est compliqué...

Et donc, la FED ne fait pas de l'inflation, elle a juste empêché la dette totale de s'effondrer via le proxy de la dette publique :


Et cette quantité de dette et donc de monnaie, qu'on a gravée dans le marbre, et empêché de s'évaporer (alors que les actifs en face se sont évaporés), va s'investir ensuite dans les marchés plutôt que dans l'économie réelle... Regardez les prix de l'immobilier aux USA par exemple. La monnaie dette qui a disparu dans le secteur immobilier n'a pas disparu tout court. Elle a été garantie par l’État et une fois transformée en bons du Trésor, s'est ensuite déplacée. Et donc il faut bien qu'elle aille s'investir quelque part...

Ainsi la monnaie US est en grande partie de la fausse monnaie. Il n'y a aucun actif en regard. Pour le coup, c'est vraiment de la fiat monnaie quasi pure. Et le dollar aura de la valeur que tant que le monde l'acceptera comme moyen de paiement universel. Mais ça fait belle lurette maintenant que le capital réel des USA a été détruit... Il ne reste que la dette, qui fait office de base monétaire au monde...

Ainsi, pour en revenir au sujet, voyez comment les réserves au passif de la FED montent en même temps que l'actif de la FED :
Fed Balance Sheet Holdings, Excess Reserves Hit New Record; Agency Prepayments Plunge
ZeroHedge, 14/04/2011 (traduire en Français texte en anglais )
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Voyez la courbe verte en bas. Il s'agit des réserves des banques au passif de la FED. Elle suit, modulo la ligne de base d'origine du bilan de la FED, l'augmentation du bilan (attention, il y a deux échelles différentes, la verte se lit à droite, et l'actif à gauche).

Et donc je maintiens ma première intuition : le quantitative easing n'est pas de la planche à billets (ou encore ici). Le passif gonfle autant que l'actif. La FED n'est qu'une banque et elle fait office de prêteuse en dernier recours.

Mais surtout, signe précurseur de la fin des USA en tant que nation riche, c'est que les dollars gravés dans le marbre, ne s'investissent plus dans l'économie US.

La finance US et les USA sont désormais deux entités différentes qui partagent juste la même monnaie.

Wall Street, a transformé son papier rance sans valeur et illiquide appuyé sur la bulle immobilière US, en dette publique robuste, et acceptée partout... Et ce hold up leur a donné des moyens considérables pour investir le monde. Ainsi, Wall Street fait désormais joujou sur les marchés de par le monde avec le tas de dettes gravé dans le marbre qui sert de base monétaire au monde, et servait précédemment à financer l'économie US. Elle exploite pour elle même le privilège de statut de monnaie de réserve du dollar. Mais ce n'est plus qu'une coquille vide...

Et ce à quoi on assiste, c'est à un déplacement de la bulle de crédit US. Ou plutôt à une extirpation des dollars dette US de l'économie réelle US, pour qu'ils aillent investir les marchés mondiaux d'actifs...

Ainsi, en transformant son papelard titrisé sans valeur en monnaie sonnante et trébuchante garantie par l’État, Wall Street a mis la main sur une grande part du capital des USA (sa capacité d'endettement). Et elle utilise cet argent, avec la mondialisation et la liberté de mouvement des capitaux, pour investir le monde et faire du rendement là où est la croissance et la nouvelle bulle de crédit.

Mais Wall Street n'est rien tout seul. Une monnaie gagée par Wall Street seule ne vaudrait rien. Elle continue d'avoir besoin de s'appuyer sur le capital d'un gros État riche pour que la monnaie avec laquelle elle fait mumuse vaille quelque chose, et qu'elle puisse être recavée à chaque explosion des bulles qu'elle fait gonfler. Or, se faisant, en désinvestissant l’État qui la nourrit, elle le détruit. Et la monnaie avec laquelle elle joue aussi...

D'ailleurs, changement majeur, quand le FMI parle de contrôle des capitaux légitime (surement en soutien aux mesures prises par Mantega au Brésil), il parle en fait pour les pays émergents de se protéger de l'afflux de la hot monnaie des criquets pèlerins de Wall Street. Criquets qui s’enfuiront au premier signe de problème, nous faisant pour ces pays là un remake de la crise asiatique de 1997...

Donc aujourd'hui, on assiste à la divergence de ces deux mondes, entre une Amérique désinvestie qui s'enfonce et Wall Street qui part sans la stratosphère (Wall Street ne créant aucune richesse et n'ayant une activité que purement parasitaire, ceci se fait avec une logique physique assez simple de conservation de la quantité de mouvement, et pour chaque $ que Wall Street monte, le monde doit baisser d'autant). Mais un jour ou l'autre, les banksters en apesanteur vont retoucher le sol d'un coup... A la tunisienne...

A moins que ça se passe en douceur, que le dollar se contente de s'éroder sans acoups, que l'Amérique devienne un pays du Tiers Monde, dans le même temps que la baudruche Wall Street dégonfle avec la dépréciation de son stock de fausse monnaie...

2 commentaires:

  1. "Son seul rôle est d'empêcher la-déflation-que-c'est-le-mâââl..."

    Les keynésiens appellent ça la préférence pour la liquidité. Les prix baissent, mais la demande nominale de monnaie est la même. Les individus consomment de moins en moins. Ce ne sont pas seulement les keynésiens. Les néoclassiques le pensent également. La déflation est le mal absolu. Ils sont favorables à une inflation modérée car elle baisse les salaires (suffisait pourtant de réformer le SMIC et les syndicats).

    Ils confondent déflation (contraction monétaire) et baisse des prix (efficience de productivité). La première augmente la charge de la dette, c'est pas du tout la même chose.

    Faire de l'inflation génère des bulles, fait se contracter l'économie réelle, effet d'éviction par l'économie fictive.

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  2. "La déflation est le mal absolu."

    Je connais bien le problème principal avancé au sujet de la déflation, qui est que d'un côté, les épargnants thésaurisent et refusent de prêter à long terme, et que de l'autre, ils arrêtent d'investir et de s'endetter, même pour des projets sains, la déflation rendant mauvaise les bonnes dettes.

    Mais c'est un faux problème. Il suffit de pouvoir envisager des rendements négatifs sur l'épargne, de sorte que les rendements nets d'inflation soient quasi nuls sur l'épargne de court terme. La suppression de l'argent liquide suffirait à régler le problème.

    Typiquement, avec une déflation de 2% l'an, le taux sur le monétaire est de -2%, et le placement de long terme est de 0%. Un truc du genre.

    Quant aux endettés d'avant la déflation, ils n'auront qu'à refinancer leurs crédits à un taux nul voire négatif...

    Après on me répondra qu'il y a l'or. Mais l'or baisserait en prix également. Un bien dont le stock croît de 1,5% par an verrait sa valeur baisser dans un monde avec une quantité de monnaie qui baisse.

    Le problème principal que je vois surtout, c'est que l'homme est câblé pour l'inflation. Il n'y a aucune raison pour que le 0% soit une valeur différente des autres dans le fonctionnement des mécanismes bancaires. Mais ça demande de penser différemment et d'arrêter de bloquer sur le nominal. Le plus gros problème que je vois, il est dans la tête des gens.

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