vendredi 7 janvier 2011

One size fits all + protectionnisme

Un article de Jacques Sapir sur l'euro, d'abord :

Comme quoi la surévaluation de l'euro, pour qu'il colle aux intérêts allemands, par rapport au taux d'intérêt naturel de la France, aurait couté 400 milliards à la France :
L'euro fort nous a coûté 403 milliards d'euros. Cash!
Marianne 2, 06/01/2011 (en Français texte en français )
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La surévaluation de l’euro a coûté environ 1% de croissance par tranche de 10% de surévaluation.



En fait, la zone euro telle qu’elle fonctionne aujourd’hui est cohérente avec une certaine politique, qu’il s’agisse de la sphère financière ou de l’économie réelle. Cette politique a eu des effets négatifs absolument indubitables et, de 2005 au troisième trimestre 2010, nous a coûté 10% de croissance au minimum.

Soit nous pouvons changer le fonctionnement de la zone euro, soit nous devrons la quitter. Mais, il est clair que dans sa forme actuelle, la zone euro n’a pour nous que des inconvénients. Il vaudrait mieux que la première solution prévale. Mais pour cela il nous faut construire un rapport de force avec l’Allemagne et cesser d’approuver tout ce qui nous vient d’outre-Rhin.


Et une interview de Todd qui revient sur le protectionnisme :
Emmanuel Todd : « Je serais très étonné que l'euro survive à 2011 »
Tout sur la Chine, 05/01/2011 (en Français texte en français )
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Que retiendrez-vous de l'année 2010, qui vient de s'achever ?

Je dirais que ce fut une année charnière. C'est l'année où les croyances, économiques et politiques dominantes de l'Occident sont arrivées au bout de quelque chose.

D'abord dans la gestion de la crise économique. J'ai été frappé par la prise de conscience concernant la relance, telle qu'on l'avait conçue lorsque la crise financière, puis la crise de la demande mondiale ont été diagnostiquées - chose qu'il fallait faire, précisons-le... -, qui n'allait pas suffire. Et pour une raison très simple : les plans de relance ont, à la rigueur, relancé les profits dans les économies occidentales, ont regonflé à un niveau acceptable les indicateurs boursiers, mais n'ont pas fait repartir l'emploi, les salaires. Malgré ces plans, la dégradation du niveau de vie a commencé ; aux États-Unis, les indicateurs mettent même en lumière une diminution de l'espérance de vie...

Les gens ont donc compris que dans une économie ouverte, dans un régime de libre-échange, si l'on réinjecte des signes monétaires ou des moyens de payement dans l'économie par en haut - plutôt par le système bancaire qu'autrement -, on crée de la demande, mais que cette demande ne modifie absolument pas le mécanisme de la compétition sur les salaires, mais que cela relance tout simplement les économies à bas salaires. En France par exemple, et j'imagine ailleurs, les plans de relance de l'après-crise ont abouti à une accélération de la désindustrialisation et des délocalisations...

C'est le deuxième tournant. Le premier concerne le premier élément de la pensée unique : le libre-échange. Le deuxième est sur l'euro. L'acquis du dernier trimestre de 2010, c'est qu'on est arrivé au bout de la croyance en l'euro comme horizon spécifique pour l'Europe. Il s'agit donc d'une année chargée en termes de prises de conscience !

L'image qui me vient, c'est « acharnement thérapeutique » ... L'euro est une abstraction. Les sociétés nationales, avec leurs cultures, existent toujours. Il y a des différences de mentalités, de rythmes démographiques, il y a des traditions de discipline salariale en Allemagne qui ne sont pas concevables en France...

De deux manières : par le bas ou par le haut. Par le bas, c'est admettre que l'euro est foutu. Puis on en sort et on revient aux monnaies nationales. Pour moi, ce n'est pas optimal : je ne suis pas du tout partisan de la disparition de l'euro. Simplement le système actuel est le pire concevable parce qu'il détruit une partie de l'industrie européenne, il dresse les Européens les uns contre les autres, il met l'Allemagne dans une position de domination mais aussi de cible, d'ennemi collectif pour l'Europe...

La sortie vers le haut : on veut sauver l'euro, on y tient vraiment et on accepte l'idée que le problème mondial, c'est le libre-échange, l'insuffisance de la demande. On fait revenir l'Europe à sa conception initiale de la préférence communautaire. On dit que l'Europe a le droit, dans un monde en guerre sur les coûts salariaux, de faire un virage protectionniste. On établit un protectionnisme européen raisonnable, coopératif, qui permet de relancer les salaires, l'investissement, la demande à l'échelle du continent.

Pour moi, l'explosion de l'euro, c'est une probabilité de 90 %. Ce qui provoquerait un trou d'air idéologique formidable mais, dans ce contexte, j'ai très très peur de l'effet de délégitimation des élites.

Mais la chute de l'euro mettrait l'Allemagne à genoux, et les Allemands sont en train de comprendre qu'ils sont les principaux bénéficiaires de l'euro. Quand des Allemands disent qu'ils en ont marre de l'euro, marre de payer ces plans de sauvetage des États, qu'il faut en retourner au mark, etc., je pense qu'ils bluffent !

La lecture que je fais perso de ces deux textes, c'est qu'on ne sait plus trop quoi inventer pour promettre aux français qui vivent largement au dessus de leurs moyens qu'on va pouvoir continuer...

Il n'y a qu'à voir ces délires sur le pouvoir d'achat. On vit à 3 avec ma femme et ma fille, en location dans un grand appart en plein centre ville de Bordeaux, et on vit très bien avec 2300€ par mois... Tout le reste on l'épargne. Et on n'a pas le sentiment de se priver. On sort, on achète ce dont on a besoin, on ne s'ennuie jamais (ha ça non... si il y a bien un truc qui manque, c'est le temps)... Mais bon forcément, on va pas au karting tous les week ends, on n'a pas de voiture et on fait de l'auto partage, on prend le tramway, on ne s'habille pas en jean diesel et on ne fait pas 3 voyages par an au bout du monde...

Tout le monde veut des mp3 à 40€ et des ordis à 300€, des salaires à 2000€, le tout en en foutant le moins possible et en bouffant dans la gamelle des autres. Il arrive un moment où ça en devient vraiment burlesque d'entendre ces gens promettre à tout le monde que ça va pouvoir continuer gentiment comme ça...

Sur l'euro, plus spécifiquement, le vrai problème, ça a été
  l'incapacité à réformer pour remettre tout le monde au travail (en supprimant notamment le salaire minimum à seuil pour un salaire minimum redistributif),
  l'incapacité de réformer l'État pour lui apprendre les affreux mots cracra-sales de rentabilité et de productivité, en informatisant tout ce qui peut l'être et en supprimant les postes de gratte papier et de fonctionnaires payés à creuser des trous le matin pour les reboucher l'après-midi...
  l'incapacité à faire de la vraie croissance autre qu'en organisant une pénurie immobilière,
  et surtout, l'incapacité à organiser la déflation en interne des goinfres. On a aujourd'hui un retraité pour deux actifs. Retraité qui touche en plus, plus que les actifs eux mêmes, sans loyer à payer, ni enfants à charge. Pour chaque 1000€ net que vous touchez, il y a 500€ de plus que votre patron doit payer pour aller goinfrer un vieux. Et ensuite on vous explique que vous n'êtes pas compétitifs...

Et rien n'a bougé grâce à l'immobilisme forcené de la croulantocratie moustachiste qui n'a rien d'autre à la bouche que "salauds de riches"... Sans jamais se rendre compte que ce sont eux justement les salauds de riches, avec leurs rentes en euros lourds qu'ils épargnent ou dépensent en produits chinois (puisqu'ils ne manquent pas de trouver eux mêmes que le produit français est trop cher vu que son prix inclut la rente de ces goinfres)...

Et la déflation, les escrocs et toute la tartuferie de gôche essaie d'en faire subir le poids aux jeunes, aux productifs et aux méritants... La solidarité a été totalement dévoyée et l'État a été utilisé par les forts pour dépouiller les faibles. Et on a complètement perdu de vue des évidences élémentaires comme le fait que la solidarité, c'est le chanceux qui aide le malchanceux, pas le faible qui donne tout son fric au fort. Et j'attends le jour où on va annoncer qu'on va arrêter de soigner les enfants malades pour ne surtout pas toucher aux rentes débiles des croulants.

Alors on nous agite de temps en temps à la télé un de ces spécimens (ancien résistant si possible, c'est mieux), comme Hessel, qui nous font de beaux et grands discours creux sur la République et le devoir d'indignation, avec force moulinets de bras. Et ils nous font la morale sur le devoir de "sôlidarité" du haut de leurs grasses retraites pour lesquelles ils n'ont jamais cotisé et de leurs rentes acquises sur 30 ans de ponzinomics... (je serais d'ailleurs curieux de savoir combien il touche par mois en rentes diverses le grand héros de la gôche, et combien il épargne là dessus, du pouvoir d'épargne qu'il vole aux jeunes).

Naturellement, le seul vrai ressort de la République, c'est la méritocratie, la lutte contre les privilèges, la société de la naissance et de la rente... Mais bon, ça, faut pas trop le dire, vu que l'ancien régime, c'est justement ce que la génération faillie est en train d'essayer de rétablir... On va donc plutôt rester dans l'abstrait, à enfoncer des portes ouvertes et à brasser de l'air...

Et de voir là dessus les croulants en devenir, (multi)propriétaires, qui se sont promis 2000€ de retraite, et défilent en braillant "salauds de riches" derrière les drapeaux rouges, en pointant vers mémé Bettancourt, alors qu'avec minimum, 500€ de transfert odieux par mois, des jeunes vers les croulants, c'est tous les deux mois l'équivalent de la dite fortune de mémé Bettancourt qui passe odieusement des mains des jeunes aux vieux...

Et qu'on ne se méprenne pas. Les riches ploutocrates de Neuilly vont devoir aussi revenir au sens commun et arrêter de fuir l'impôt. Mais ce n'est pas le cœur du problème. Les ordres de grandeur ne sont juste pas les mêmes.

Idem sur le protectionnisme...

On a d'un côté le moteur de la planète qui est désormais en Asie, avec ses 3 milliards de consommateurs en devenir et ayant besoin de s'équiper en tout, avec la force de travail et la jeunesse (surtout l'Inde), l'optimisme et le progrès, une méritocratie qui va dans le bon sens et se construit doucement, peu de rentes et d'acquis "sociaux" à payer aux goinfres, l'éducation qui s'améliore.

Et de l'autre l'Europe, avec son petit marché de renouvellement de 300 petits millions d'habitants déjà suréquipés, vieillissante, plombée par les goinfres qui veulent tous bouffer leur repas gratuit sur la bête, un niveau d'études en chute libre, un pessimisme (justifié) en hausse, une méritocratie que les croulants détruisent méthodiquement...

Comment penser que fermer les frontières n'amènerait pas immédiatement à finir de nous couper du seul moteur de croissance que l'on pourrait espérer utiliser... Un nouveau rideau de fer. Sauf qu'on sera du mauvais côté et que l'URSS et les trabands, ça sera chez nous... Les économies d'échelle et la productivité ne seront très bientôt plus chez nous... Comment croire une seconde qu'on va rester les leaders, qu'on va se contenter de garder les boulots qui gagnent bien, concevoir et que eux vont se contenter de nous acheter nos produits hors de prix en échange de matières premières... C'est juste risible   

Surtout que maintenant, visiblement, les émergents (Chine en tête), ont compris qu'il fallait qu'ils redistribuent et créent une base de consommation intérieure... Game over. La partie est pliée... Il va falloir qu'on raterrisse, d'une manière ou d'une autre.

Nos élites ont tout essayé pour faire croire aux occidentaux qu'ils allaient pouvoir continuer indéfiniment à péter plus haut que leur cul, à vivre au dessus de leurs moyens et consommer pour bien plus qu'ils ne produisent. En fait, tous ce que ces gens (très souvent de gôche au demeurant) promettent, ce n'est ni plus ni moins que des montages bidons pour gagner un ou deux ans de plus d'esclavage à crédit des émergents...

Maintenant, la fête est finie. Soit on se sort les doigts et on redevient compétitifs, soit on va vraiment avoir le niveau de vie qui correspond à ce que l'on produit réellement. La fête au raz'gratis se termine dans la faillite générale... C'est l'heure d'assumer 30 ans de lâcheté, de fuite en avant, de ponzinomics et d'utilisation de la démocratie pour dépouiller les faibles. Les repas gratuits à crédit, c'est terminé. Il est plus que temps que la jeunesse ouvrieuse se réveille, reprenne le pouvoir et organise la déflation des goinfres...

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