jeudi 6 janvier 2011

MV=PQ

Petites réflexions personnelles sur cette formule essentielle pour bien comprendre la monnaie. J'ai surement pas mal réinventé la roue ici, mais je ne trouve pas ça dénué d'intérêt.

  Alors tout d'abord, la base :



Imaginons une économie où on a 10 pièces (M = 10), et dont la production consiste chaque année en 10 billes bleues (Q = 10). Chaque pièce est dépensée en moyenne deux fois sur une année (V = 2). Du coup, on a chaque année 20 de monnaie (M x V = 10 x 2) qui sont échangés pour des achats.

Ainsi, le prix P d'une bille va s'établir à 20/10 = 2.

M x V = P x Q.

Ou P = M x V / Q

Il y a alors deux façons de considérer l'inflation. Soit c'est P qui augmente. Soit c'est M x V qui augmente.

Ainsi, pour P, on voit aisément que si à M x V constant, Q augmente, les prix baissent. C'est grosso modo la déflation quasi systématique qui a eu lieu dans un système d'étalon or en pleine croissance, comme au XIXème siècle, où M x V grossit bien moins vite que Q augmente...

A l'inverse, si Q, diminue, P va augmenter.

Enfin, pour les petits malins qui voudraient multiplier les pièces, si M x V augmente, à Q constant, P augmente.

  La richesse des nations :

Dans le monde, chaque nation à un M x V propre, et un taux de change entre les différentes monnaies. On peut donc aisément rapporter le M x V de chaque nation en $ par exemple. Et ainsi, on a une idée de ce qu'est le M x V de chaque pays dans la masse monétaire totale.

Je n'ai pas cette information là dans le temps, mais le PIB peut faire une première approximation du M x V :


On voit sur ce graphique l'évolution des PIB des différentes nations au cours du temps, en pourcentage du PIB total.

Du coup, dans ce graphique, plus le M x V d'une nation représentera un pourcentage élevé du M x V total, plus cette nation sera riche, et aura accès à une part importante des richesses et des ressources totales, en fonction de ce pourcentage.

  Le Peak Everything :

Imaginons maintenant un monde, où le M x V de l'occident stagne voire baisse (déflation, M stable voire en baisse, V en baisse), le M x V des émergents explose, et le Q des ressources reste stable ou augmente bien moins vite que le M x V total. Dans ce monde là, la proportion du M x V de l'occident baisse, et ainsi, la part du Q qui lui revient baisse. Ce qui signifie pour l'occident que le P augmente.

C'est ce qu'on voit dans la hausse des matières premières. Avec la croissance des émergents, le M x V total de la planète augmente fortement, et Q ne suit pas. Ainsi, P grimpe en conséquence pour tout le monde (même si la spéculation derrière déclenche des effets d'interrupteur, des hausses brutales et une forte volatilité, plutôt qu'un ajustement progressif). Naturellement, si P augmente aussi pour les chinois, la part de leur M x V dans le M x V total augmente plus vite, et globalement chaque chinois a en moyenne accès à de plus en plus de ces richesses (en gros les salaires augmentent chez eux bien plus vite que les prix).

A contrario pour nous, l'inflation à 2,2% annoncée par la BCE est une inflation importée. Il y a ce qu'ils appellent l'inflation sous-jacente (la "core inflation") et qui mesure l'inflation liée à la hausse du M x V. Celle ci est très basse. En revanche, l'effet de la baisse ressentie de Q pour l'occident joue à plein. Cette inflation là, ne sera pas suivie par les salaires. L'inflation qui est suivie par les salaires, c'est celle liée à l'augmentation du M x V (la quantité de monnaie x le nombre de fois où elle circule).

Dans ce contexte, les dettes vont sembler de plus en plus lourdes, et l'inflation ne viendra pas du tout alléger le fardeau des endettés, bien au contraire, alors que le reste à vivre diminue partout et que cette baisse du reste à vivre enclenche une récession (stagflation : inflation + récession) et renvoie ainsi tout le monde en déflation (sur la partie M x V) et alimente la spirale inflation importée, avec Q apparent en baisse, M x V en baisse. Ainsi, dans ce contexte, si M x V suit selon l'effet décrit juste avant, on peut imaginer que P peut reste constant, alors que la baisse de M x V suit celle de Q. On entre alors en lente déflation, les salaires baissent, les dettes restent, et les gens s'appauvrissent (ce qui est de toute façon une fatalité avec la baisse de Q et le Peak Everything).

Et du coup, avec une cible d'inflation à 2%, ça signifie pour la BCE que sa cible de core inflation sur le M x V va devoir pour longtemps être nulle voire négative...

Et ainsi, alors que le M x V des émergents est durablement en hausse (voire carrément en surchauffe avec de très gros signes de montée de bulle de crédit chez eux), et celui de l'occident durablement en baisse (avec dégonflement d'une bulle de crédit), la part du Q qui va revenir à l'occident va se vautrer...

  Les différents types de monnaie :

Dans l'exemple au dessus, la monnaie sont des pièces. En réalité, il existe pour simplifier 3 types de monnaie :
  la fiat monnaie (comme les pièces ci dessus),
  les reconnaissances de dettes productives,
  les reconnaissances de dettes improductives, les mauvaises dettes, le "mal-investment".

Un pays dont la monnaie serait exclusivement constituée de fiat monnaie restera un pays pauvre. C'est grosso modo le cas de tous les pays du Tiers Monde où les gens n'ont pas d'épargne, où le système bancaire est inexistant. Et l'impression de billets à la Mugabe a bien fait voir ce qu'il advient généralement de ces systèmes monétaires là au cas où il viendrait à l'idée des dirigeants de juste imprimer massivement de la fiat monnaie.

C'était aussi le cas de l'occident tout au long du XIXème et ce jusqu'à l'abandon de l'étalon or, où les dépôts, le crédit et le système bancaire étaient peu développés.

Aujourd'hui, l'essentiel de la monnaie de l'occident, ce sont des dépôts qui ne sont grosso modo que des reconnaissances de dette (avec l'intermédiation de la banque). Dans ces créances, il y a les bonnes et les mauvaises dettes.

C'est ce qu'on appelle le capital financier d'une nation. Ça déplait fortement à la moustachie, mais grosso modo, plus une société est endettée, plus elle est riche. C'est ainsi. Son M x V est d'autant plus grand qu'il y a de créances. Et l'immobilisation naturelle de la monnaie que représente son stockage sous forme de dépôts ne menace pas de déclencher de l'inflation comme dans le cas de la planche à billets Zimbabwe like.

Ainsi, chaque société a ce qu'on appelle sa "debt carrying capacity" (sa capacité à porter de la dette), et cette dernière a tout intérêt à la remplir. Ainsi, tous les entrepreneurs et les investisseurs avec de vrais projets productifs trouvent à les réaliser.

En revanche, gare au feu de paille et à la bulle de crédit : une société est durablement riche si son capital financier est essentiellement constitué de créances productives. En cas de mauvaises dettes, gare au retour de l'élastique.

Ainsi, la dette publique que nous laissent les vieux est pour sa très grande majorité de la mauvaise dette alors qu'ils ont endetté l'État pour vivre à crédit, se payer leurs grasses retraites, pour payer des fonctionnaires à creuser des trous le matin et à les reboucher l'après-midi, à payer des arrêts maladie abusifs, du chômage de complaisance, à former de futurs caissiers à Auchan avec des études de bac + 8 en paléoanthropologie cognitive histoire qu'ils n'apparaissent pas comme chômeurs le plus longtemps possible... Et ils nous laissent l'addition de leur merde, sans qu'il y aie le moindre actif supplémentaire derrière. Ils ont bien joui, bien baffré et bien roté... Ils ont cramé le capital financier de leurs enfants et cette mauvaise dette va nous plomber durablement. Et naturellement, ils ont accumulé ces fausses créances adossées au festin qu'ils se sont payés... Et ainsi, vu qu'il n'y a aucun vrai actif derrière cette dette, toute l'épargne assise en contrepartie de cette dette odieuse, est une fausse épargne. Tout ce que les vieux ont réussi à faire, c'est à se poser un octroi sur les impôts futurs de leurs enfants.

Notez aussi que cette frontière entre bonne et mauvaise dette est fluctuante et qu'une bonne dette dans une période de montée de bulle de crédit, peut devenir une mauvaise dette lors de la crevaison de la bulle de crédit.

  Les mauvaises dettes peuvent donner un temps une illusion de richesse :

En effet, tout le temps que tout le monde s'endette comme des cons pour des actifs à des prix débiles, le M x V monte, un sentiment d'euphorie s'empare de la société. On a une sorte d'équation différentielle entre la variation du M x V , V lui même et la debt carrying capacity. Alors que M x V monte, et que le prix de tout augmente, les dettes apparaissent toutes comme des bonnes dettes... L'inflation auto alimente la bulle de crédit. La debt carrying capacity est remplie, et finit par être dépassée (alors que cette debt carrying capacity se trouve ajustée de la dérivée du M x V)...

Tout le temps de la montée de la bulle, l'inflation monétaire ne se ressent pas sur le taux de change, bien au contraire, alors que les neuneus affluent pour profiter du "miracle économique". Et la société a le sentiment d'être beaucoup plus riche alors que la part de son M x V dans le M x V total explose, et lui donne ainsi accès à de nombreuses richesses supplémentaires.

Puis vient la vautre...   

J'ai déjà pas mal développé cette histoire de debt carrying capacity ici et ici. Je vous invite à aller voir si ça vous intéresse.

Avec notamment ce graphe ci :

1 commentaire:

  1. Ainsi, la dette publique que nous laissent les vieux est pour sa très grande majorité de la mauvaise dette alors qu'ils ont endetté l'État [...]Tout ce que les vieux ont réussi à faire, c'est à se poser un octroi sur les impôts futurs de leurs enfants.

    Merci pour l'explication pas simple mais trés utile. Par contre, je n'ai pas du tout apprécié le passage que j'ai mis en exergue au dessus; comme quoi, une bonne compréhension économique ne mène pas forcément à une bonne compréhension politique.

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