mardi 21 septembre 2010

Comment sortir du Ponzi ?

Je vous mettais il y a quelque jours ce post sur le fonctionnement de la saturation en dette du système.

Et bien un post de Steve Keen aujourd'hui, repris par naked capitalism confirme cette vague intuition que j'avais :

Steve Keen: Deleveraging With a Twist
naked capitalism, 21/09/2010 (traduire en Français texte en anglais )
http://www.nakedcapitalism.com/2010/09/steve-keen-deleveraging-with-a-twist.html

Keen continue d'intégrer fort judicieusement la variation de la dette à la demande aggrégée :
  Evolution de la demande aggrégée (variation du PIB + variation de la dette)


Il y a de nombreux autres graphiques dans son post mais c'est surtout celui ci qui me titille :


On voit bien la corrélation entre la dérivée seconde de la dette et la croissance...

La dette par secteurs (il n'y a plus que l'État pour s'endetter, alors qu'il essaye de faire du Richard Koo) :


Et alors que l'occident qui pète plus haut que son cul a terriblement besoin de se désendetter, quitte à encaisser une nouvelle récession pour établir son PIB à un niveau soutenable sans endettement, il y en a encore pour demander que l'on fasse du Richard Koo et que l'on empêche le Ponzi de mourir. Sur ce coup là, je ne le suis pas le Albert Edwards :

The descent into global C-H-A-O-S
FT Alphaville via ContreInfo, Albert Edwards, 21/09/2010 (traduire en Français texte en anglais )
http://ftalphaville.ft.com/blog/2010/09/20/347416/the-descent-into-global-c-h-a-o-s/
I have every sympathy with economists who say that governments are insolvent. My colleague Dylan Grice showed recently that, once unfunded liabilities are included, it is obvious that most governments are already insolvent, with debt to GDP ratios closer to 500% of GDP than the official estimates for most G7 countries (see chart below and link). It is simply too late. We’re stuffed either way and cannot escape the consequences of years of private and public sector debt debauchery, much as we might pretend otherwise.

Yet government insolvency does not prevent me from being persuaded by Richard Koo’s book about the lessons from Japan’s balance-sheet recession. The crux of his analysis is that governments have no option but to stimulate aggressively all the while the private sector is de-leveraging. And any attempt at fiscal cuts simply results in renewed recession and a further loss of confidence, thus making it even harder and more costly to sustain any subsequent recovery and hence as Koo shows the budget deficit ends up even bigger. This is exactly the outcome I expect in the UK, especially.

En plus de celà, il a aussi deux remarques intéressantes sur des guerres commerciales et de monnaie imminentes :
With the US trade deficit deteriorating again (see top right-hand chart above), and – much to my surprise – the Chinese trade surplus widening, patience is rapidly running out in the US with China’s currency policies. I believe we are now nearer to an outbreak of trade war than at any time since the 1930s. Any downturn in the global economy back into recession would almost certainly guarantee such a result, as the political pressure to do something mounts.

Et sur les inégalités :
Many commentators, including myself, believe it is no accident that before this crisis inequality in the US and the UK reached extreme levels. Many believe there is a causal relationship from extreme levels of inequality to the crisis. How? Central bankers, by pursuing policies that allowed the middle classes to borrow against rising asset prices, kept them consuming despite the stagnation of their incomes and hence disguised the effect of government policies that allowed the rich to acquire virtually all of the gains in GDP growth.

And in the process of “robbing” the middle classes and now still attempting to keep asset prices artificially high, they are also robbing our children of the ability to buy a house at an affordable price. Yet central bankers still see QE as key to maintaining the illusion of prosperity and stoking consumer spending! I will write more about the role of high levels of inequality in causing the recent crisis in a future paper (James Montier has passed me some interesting papers). But with youth unemployment rocketing in recent years (can you believe it is 40% in Spain), policymakers had better start manning the barricades for the backlash. For as my mother used to say “the devil makes work for idle hands”.
Là il met le doigt sur quelque chose d'essentiel. Tous ces pseudos tartufes de gauche néo keynésiens comme Stiglitz (ici au 12-15 d'Hedwige Chevrillon sur BFM) qui appelent à toujours plus de relance, toujours plus de dette, ne font qu'alimenter la bulle et le Ponzi de fausse monnaie. Cette monnaie, qui après avoir circulé deux trois fois, finit toujours dans les mains des riches et disparaît du circuit de la consommation pour se concentrer sur les actifs (du coup, la banque centrale peut se féliciter que le prix de paquet de spagghetis ne monte pas trop et expliquer qu'il n'y a pas d'inflation malgré une hausse de 10% par an du M3  ). Et plus on "relance", plus on s'endette, plus les actifs sont inabordables pour les jeunes. Et sous couvert de faire de la gôche, on ne fait qu'asservir les classes moyennes.

Ainsi, et j'insiste sur ce point, il faut bien comprendre que tout ce que les tartufes de gauche shootés à la dette et à la relance proposent réellement, c'est la fuite en avant et le toujours plus de déclassement des jeunes et des actifs...

Mais tout ça apparaîtra clair comme de l'eau de roche quand on verra la fin de l'histoire pour le Japon...

A ce sujet, deux interviews passionantes sur BFM Radio, expliquant qu'il faut en finir avec les déficits, accepter la déflation, quitte à en passer par une nouvelle récession, pour ramener le PIB à un niveau d'équilibre soutenable sans endettement.

Il va falloir comprendre qu'il faut accepter de se serrer la ceinture pour redevenir riches en rerendant les actifs accessibles aux quidam lambda et lui redonner son statut perdu de membre de la classe moyenne :

Christian de Boissieu, Président du Conseil d'Analyse Economique
http://nr.proxycast.org/m/media/254054201588.mp3?c=information&p=BFM&l3=channel11&media_url=http%3A%2F%2Fpodcast.bfmradio.fr%2Fchannel11%2F20100920_interview_2.mp3, 20/09/2010 (en Français texte en français )
http://nr.proxycast.org/m/media/254054201588.mp3?c=information&p=BFM&l3=channel11&media_url=http%3A%2F%2Fpodcast.bfmradio.fr%2Fchannel11%2F20100920_interview_2.mp3

40 milliards d'euros à trouver rien qu'en 2011 pour tenir l'objectif du passage du déficit de 8% du PIB à 6% du PIB. L'Europe doit s'en tenir à la rigueur et à l'objectif de retour dans les clous de Masstricht pour 2013. Tout le monde doit contribuer, entreprises comprises. "On a besoin d'un contrat de confiance qui dépasse le clivage droite gauche."

Mais surtout cette interview là qui vaut son pesant de cacahuettes :
Thierry de Montbrial, Directeur général de l'Ifri (Institut français des relations internationales)
BFM Radio, 17/09/2010 (en Français texte en français )
http://nr.proxycast.org/m/media/254054201588.mp3?c=information&p=BFM&l3=channel6&media_url=http%3A%2F%2Fpodcast.bfmradio.fr%2Fchannel6%2F20100917_int1215_1.mp3
Un monde post américain

Très succintement, les Etats-Unis sont en recul en terme relatif. Ils sont en recul en terme politique en raison de leur enlisement, notamment au moyen orient. Et ils sont en recul en terme économique à la fois parce que d'autres puissances montent (naturellement la Chine et les autres pays émergents). Egalement parce qu'ils ont des déficits accumulés de plus en plus grands et multiples. Et la culture américaine, en raison de leur position dominante fait qu'ils ont toujours jusqu'ici négligé ces déficits. D'ailleurs l'establishment américain, vous en parlerez avec Stiglitz, a tendance à écarter ces considérations d'un revers de la main. Alors que tout un chacun comme nous sont obligés de regarder constamment l'état de nos équilibres ou de nos déséquilibres. Par conséquent, je crois qu'en effet, nous sommes rentrés dans une période où les Etats-Unis vont devoir de plus en plus composer avec le reste du monde.

C'est la zone euro qui est la mieux gérée.

Ce qui manque au monde dans son ensemble, et ce qui manque aux très grandes puissances comme les USA ou la Chine, c'est une espèce d'obligation impérative qu'ils n'ont pas d'autre choix que de prendre le taureau par les cornes. C'est ça qu'il manque. C'est cette espèce de pression de la nécessité.

Il est vraisemblable que récupérer la maîtrise des finances publiques passe probablement par un ralentissement de la croissance, peut être même par des récessions. C'est peut être un des points de passage inévitables. Mais ce dont je suis sûr c'est que si l'on ne récupère pas la maîtrise des finances publiques, on va vers de nouvelles bulles, de nouvelles crises de confiance. Et les grands désastres ce sont toujours des crises de confiance.

En parlant de Stiglitz et des néo keynésiens :
Il faut savoir que le fait d'avoir le prix nobel d'économie n'autorise pas forcément à avoir raison sur tous les sujets. En général, le prix nobel d'économie est accordé pour des travaux très précis, très particuliers.

Les américains par culture accordent extrêmement peu d'importance à ces questions de contrainte budgétaire parce que eux, ils ont été élevés, ils se sont développés dans la culture américaine où ces contraintes n'existaient pas. Et alors l'un des points dont nous avons discuté ce matin, c'est que je crois que les Etats-Unis sont rentrés dans une phase de normalisation. Ça va peut être prendre encore quelques dizaines d'années, 10, 20 ou 30 ans. Mais je crois que les Etats-Unis vont être de plus en plus confrontés à la réalité de leurs déficits et ils vont être obligés de faire un peu comme les autres. C'est pourça que l'on parle d'un monde post américain.

En fait les USA sont en train de voir se terminer leur avantage indu dont parlait déjà De Gaulle en 1965. Et ce que les Stiglitz et cie ne comprennent pas, c'est qu'ils pensent l'économie avec leurs contraintes d'hier, Et leurs conneries et leur refus de comprendre que la fête est terminée, les générations futures américaines vont devoir les payer au centuple pendant des décennies.


En fait, si comme moi, vous êtes jeunes, il faut que vous compreniez que vous n'avez absolument rien à gagner à leurs pseudo plans de relance qui finiront comme touours dans les poches des vieux et des riches et que tout ce qui en sortira pour vous, c'est toujours plus de déclassement et toujours plus de poids pour le capital.

En fait, et pour conclure ce long post, et ça reliera aussi un peu tout ça aux théories de la décroissance ou au crash course de Martenson, en 30 ans que le soufflé du Ponzi a monté, on a complexifié à l'extrême notre système social alors qu'on en faisait un tas de rustines infâme, pas optimisé du tout.

Et décomplexifier, simplifier, c'est LE moyen pour faire dégonfler le Ponzi en douceur. Car il va falloir finir par se poser la question de comment sortir de ce giga Ponzi. On ne va pas pouvoir le prolonger comme les japonais l'ont fait pendant 20 ans avec rien au bout de la route sinon l'explosion.

Pour que le deleveraging ne soit pas synonyme d'appauvrissement, il faut que la complexité et les usines à gaz que le Ponzi a permis de financer meurent avec lui et faire porter au maximum le poids du fardeau sur la complexité inutile.

Il faut que l'exception redevienne l'exception et non la règle. Il faut repenser nos systèmes pour qu'ils soient automatisés. Il faut réfléchir aux buts que l'on recherche dans la redistribution et en simplifier drastiquement le fonctionnement (simplifier ne veut aucunement dire en diminuer les montants) avec 2 à 3 grands transferts génériques et automatisés qui font tout (retraites et chômage regroupés dans un système par points à l'équilibre, sécu, salaire minimum sans seuil...).

Idem sur la partie recettes. J'aime beaucoup cette phrase qui dit qu' "être riche, c'est avoir plus d'argent que son beau frère."

La richesse, c'est relatif, pas absolu. En rendant le système fiscal et redistributif simple, lisible, sans possibilité d'y échapper, tout le monde est assuré d'avoir les mêmes cartes dans la grande course à l'accumulation (oui je sais, ça plait pas aux moustachistes dans leur vision de leur homme nouveau, mais c'est comme ça qu'on est, en vrai, avec nos gènes de singes évolués, toussa toussa...). Du coup, assuré que son voisin ne va pas profiter de telle ou telle combine, de telle ou telle niche fiscale, l'acceptabilité de l'impôt remonte fortement.

Ensuite, le mot productivité n'est pas un gros mot et l'État n'est pas astreint de faire en sorte d'optimiser ses fonctionnements. Informatiser totalement la collecte de l'impôt permettrait de libérer énormément d'argent pour d'autres choses plus utiles (comme en premier lieu, rembourser le déficit).

Là encore, sans le sentiment que l'État gaspille outrageusement l'argent des impôts, l'acceptabilité de l'impôt remonte encore fortement.

C'est clairement vers ça qu'il faut aller. Pas vers une prolongation à l'infini du Ponzi et du pétage plus haut que notre cul actuel. Si l'occident veut rester riche, il faut qu'il rentre dansle 21ème siècle et aie un réel avantage compétitif sur le reste du monde.

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