mardi 28 septembre 2010

Comment dégonfler le Ponzi en douceur ?

Je ne vais pas refaire tout l'explicatif sur la balance sheet recession de Richard Koo (cf Richard Koo dans les tags du blog ou ce superbe pdf récapitulatif). Mais en gros, pour accompagner la déflation et le désendettement des ménages, Koo préconise d'endetter l'État à proportion afin que les ménages endettés continuent de garder leurs revenus et ne fassent pas défaut sur leur dette.

C'est effectivement la politique qui a été appliquée au Japon.



On y voit bien en effet que la dette totale du Japon n'a pas diminué alors que la dette publique a compensé le désendettement du privé.

Tout pourrait sembler génial si le Japon n'arrivait pas aujourd'hui à la fin de la course. Ils n'ont fait qu'acheter du temps. Et avec 200% de dette publique, le défaut et la faillite ne sont plus qu'une question de temps alors que les épargnants vont tous être rincés de leurs faux droits...

Voila la fin logique de cette dynamique refusant toute baisse de la quantité de monnaie. Car il ne s'agit que de ça : de refuser la déflation. C'est la politique du cliquet.

Et à lutter contre la gravité, à refuser la déflation dont ils avaient besoin, tout ce qu'ils finiront par obtenir, ce sera soit l'hyper déflation, soit l'hyper déflation, selon que l'État fera défaut ou monétisera tout ça...

Et donc, ContreInfo cite à ce sujet Martin Wolf du Financial Times (un journal dont le rôle premier est tout de même de défendre les intérêts de la communauté bancaire londonienne, rappelons le), qui en bon disciple de Koo, en appelle à plus de déficit public pour compenser le désendettement du privé.

Le privé ne peut se désendetter sans déficits publics (Martin Wolf, reco du jour + note CI)
ContreInfo, 27/09/2010 (traduire en Français texte en anglais )
http://contreinfo.info/breve.php3?id_breve=9811

Je vous mets ici l'introduction de ContreInfo :
ContreInfoComment liquider le surendettement des ménages, condition préalable à un redémarrage de l’économie ? Wolf revient sur une thématique chère aux Post Keynésiens : par construction, la somme des soldes revenus-dépenses des secteurs public, privé (entreprises et ménages) et étranger, est égale à zéro, les surplus des uns étant égaux aux déficit des autres.

A moins de faire défaut sur leurs engagements, les ménages ne peuvent donc se désendetter - sans réduire d’autant l’activité économique - qu’à condition que les entreprises s’endettent, ou que l’État soit déficitaire ou enfin que la balance courante soit excédentaire, ce qui dans les trois cas génère un flux de revenus, un surplus, en direction des ménages.

Les gains à l’exportation, en l’absence d’un appareil industriel adapté, n’ayant que peu de chance de se manifester, les entreprises investissant peu ou pas, la principale solution reste le déficit public, qui permet tout à la fois d’élargir l’assiette de la dette et de desserrer les échéances, tout en soutenant l’activité, accélérant ainsi le retour à l’équilibre.

Les partisans de l’austérité - jugée bonne en soi, indépendamment des circonstances - paraissent méconnaître cette contrainte structurante de la comptabilité nationale. Ce faisant, ils nous conduisent vers une période de stagnation, si ce n’est de nouvelle récession.

Par ailleurs, souligne Wolf, ce volet budgétaire doit être accompagné d’une restructuration de la dette des ménages, dont les créanciers devront également supporter le coût.

Martin WolfHow, then, can people reduce their indebtedness or restore their net worth, after an unforeseen fall in asset prices ? There are three mechanisms : sale ; bankruptcy ; and frugality. Let us consider each of these, in turn. But remember that, at the global level, debt cancels out : net debt is zero. So, in paying down debt, one is also reducing credit by an equal amount.

   People with assets that they no longer wish to hold and debts they no longer wish to bear, can sell the former to repay the latter. If this is to cancel debt, then the ultimate purchaser needs to be a creditor. Sale makes this a voluntary transaction.

This path to de-leveraging is going to be part of the story. But when the predominant asset is housing, as it is now, the willingness of creditors to purchase will be limited. ...

   The second approach is mass bankruptcy. In this case, creditors are forced to write down their loans to the value of the asset. That is clearly an important part of any de-leveraging. But since highly leveraged financial intermediaries stand between the ultimate creditors (households) and the ultimate debtors (other households), mass bankruptcy is going to wipe out the capital of intermediaries. That is likely to trigger panic, as losses cascade across the financial system. ...

   The third approach is repayment. ... While the highly indebted and the newly “asset-poor” have good reason to spend less than before the crisis, creditor households have no reason to spend more. ... The aggregate effect of these changes in behaviour is, of course, a rise in the desired household rate and so the desired financial surplus of the household sector.

It is a matter of simple logic, that, since the financial balances of the household, corporate, government and foreign sectors must sum to zero, a rise in the surplus of the household sector must be offset by an offsetting move in other sectors.

Tout tient dans cette phrase de ContreInfo :
Les partisans de l’austérité - jugée bonne en soi, indépendamment des circonstances - paraissent méconnaître cette contrainte structurante de la comptabilité nationale. Ce faisant, ils nous conduisent vers une période de stagnation, si ce n’est de nouvelle récession.

La réalité de l'occident, c'est que l'on pète plus haut que notre cul et que l'on joue à être riches. On refuse de revenir à un niveau de richesses en adéquation avec ce qu'on produit.

Et il n'y a dans le cas présent aucun moyen sauf la croissance d'éviter une récession.

Or, toutes ces bidouilles néo keynésiennes ne sont que les toujours mêmes histoires visant à prolonger le Ponzi sans pour autant avoir à prélever l'impôt sur les riches (ce qui reviendrait d'ailleurs en quelque sorte à renégocier doucement la dette alors que les riches, et donc les créanciers, paieraient en impôt une partie de la dette dont ils sont créanciers), ni à faire la moindre réforme de fonds qui permettrait de ramener une croissance et un réel avantage comparatif qui justifierait qu'on soit plus riches que les émergés dans le monde de demain (comme la fin du salaire minimum à seuil par exemple).

Tout ceci ne vise qu'à maintenir l'état de surfusion dans lequel on se trouve, à maintenir les fausses promesses, et à ne surtout déranger personne dans ses petites habitudes et privilèges...

Enfin, pour ce qui est de se remanger une récession, à voir par exemple comment le niveau exorbitant des loyers participe pour 10% du PIB, je ne suis pas sûr qu'une récession déclenchée par une baisse des loyers ferait tant souffrir que ça la population   Il faut voir ce que l'on compte en terme de revenus dans le PIB   Et avec une baisse des loyers, il y aurait une sacrée marge à la baisse des revenus.

Enfin, au vu de l'état des finances publiques de l'occident, en appeler à plus de dette publique confine au burlesque. Si encore c'était pour investir, ça pourrait avoir du sens. Comme par exemple investir massivement dans l'immobilier en France, pour loger tout le monde, mais ce faisant, hâtant encore plus la déflation alors que la fausse richesse bâtie sur la pénurie immobilière s'évanouit (drôle de paradoxe au passage  ). Sinon, hormis les économies d'énergie, dans quoi investir de simple, de massif et de rentable aujourd'hui ?

Mais rien qu'en déficit structurel, on est tous déjà à au moins 6% du PIB (12% pour les USA).

Bref, que dire...    Les néo keynésiens se donnent le beau rôle en offrant aux drogués quelques secondes de plus de shoot à l'héroïne, repoussant toujours plus loin la fatale addition. Addition qui ne fait que s'alourdir chaque fois qu'on la repousse...

Moi tout ce que j'y vois, c'est une tentative désespérée des vieux et autres nantis nourris à la bonne Ponzi monnaie de s'accrocher à leurs rentes débiles et à la valeur grotesque de leurs actifs... Et accessoirement, dans le cas du Financial Times, d'échapper aux nationalisations des banques...

C'est pourtant simple, l'inévitable récession qui viendra compléter toute la croissance qu'on n'arrivera pas à obtenir, il n'y a qu'à en faire porter le poids sur les "revenus" de ceux qui en ont trop...   

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