dimanche 15 août 2010

Petites réflexions sur le salaire minimum

Déjà l'autre fois, j'avais choqué pas mal d'entre vous avec le post sur le coût du travail trop élevé en occident.

Alors avant de faire des réactions d'urticaire propres à tout français qui verrait la moindre remise en cause de l' "acquis social" (  ) défendant les corporatismes, les petites rentes et les prédateurs à capacité de nuisance maximale, prenez le temps de lire mon argumentation.

Comme vous l'avez surement compris, je suis persuadé que l'occident pète désormais plus haut que son cul et que s'il veut garder un avantage comparatif sur les pays émergents, il va falloir qu'il soit réel, et pas juste de papier, à coups de dette, en mode "extend ans pretend". Il va falloir que tout le monde fasse des efforts pour qu'on retrouve notre compétitivité. Sacrifier à la marge pour conserver l'essentiel. Sans quoi, les déficits vont s'accumuler, s'accumuler, jusqu'à ce que l'édifice tout entier subisse une pression trop forte et que tout s'effondre d'un coup (comme ça va surement finir par être le cas pour le Japon avec ses 200% d dette publique, pour avoir refusé la gravité)...

L'Allemagne l'a bien compris et l'a fait avant tout le monde avec la réforme Hartz IV. Un des lecteurs d'Alsace nous a laissé des commentaires sur l'Allemagne et ses petits emplois suite à la réforme Hartz IV, où l'Allemagne, pays beaucoup plus inégalitaire que nous, s'est juste contenté de ne pas avoir de salaire minimum et de mettre ses pauvres au travail... L'idée n'est pas de reproduire ça. Il manque à cette idée un principe essentiel.

Aujourd'hui, voici les chiffres du succès incontesté de la merdasse qu'on appelle le "modèle français"... 4 millions de chômeurs officieux. 1,25 millions de RMIstes. système merveilleusement bien conçu où, en gros, ceux qui ont un travail payent ceux qui ne sont pas capables d'être employables au dessus du SMIC, à déprimer et à regarder leurs pieds. Sans parler de l'aliénation et l'humiliation sociale de forcer ces gens à ne pas avoir d'utilité pour la société et de dignité de classe moyenne (même petite), je voudrais parler aussi du coût pour la France de ce système de salaire minimum.

Aujourd'hui, ces gens n'ont pas d'emploi parce que quelqu'un a décidé qu'il ne serait pas légal en France de travailler sous 1000€ par mois.

Normalement, la notion de salaire minimum n'a de sens qu'en cas de plein emploi  

En toute logique, c'est ainsi que ça devrait fonctionner :
  On commence sans salaire minimum.
  Dès que l'on a atteint le plein emploi, on fixe le salaire minimum au niveau du salaire le plus bas dans la société.
  Puis on essaie de le remonter doucement plus vite que l'inflation, d'année en année.
  Et dès que du chômage revient, c'est qu'on est arrivé trop haut. Il faut alors arrêter un certain temps de monter, le temps que l'inflation/croissance diminue ce salaire minimum en valeur réelle et que tout le monde aie à nouveau un emploi.
  Et on recommence à le remonter plus vite que l'inflation.

Salaire minimum et plein emploi sont intimement liés. Le salaire minimum est sensé empêcher l'exploitation par le patronat, en position privilégiée pour négocier les salaires, et permettre aux travailleurs de toucher le salaire maximum qu'ils pourraient toucher, sans avoir de chômage.

Mais le truc a été totalement perverti et sert juste désormais à maintenir l'armée de chômeurs suffisante au patronat pour faire subir à toute la société sa dictature. Et personne ne comprend rien au marché de dupe... Les gens, persuadés d'être de gauche, se retrouvent là à défendre les politiques de ceux là mêmes qui ont mis ça en place pour les presser au maximum. Je ne peux que vous inciter à lire un peu sur le Nairu ou sur comment les élites ont théorisé la très grande utilité d'avoir un certain nombre de chômeurs dans la société pour empêcher l'inflation salariale. C'est très instructif...

Sur ce imaginons un échantillon de 10 personnes. Voici, avec leurs capacités, ce qu'ils pourraient espérer gagner par leur travail dans un marché du travail sans régulation :


Voici comment fonctionne notre système de SMIC. Tous ceux qui gagneraient moins de 1000€ sont mis au chômage et ceux qui gardent un travail leur payent des allocations de misère en échange de leur inactivité :


On force ainsi une part importante de la société à ne pas créer de richesses et à vivre au crochet des autres (avec des revenus substantiellement moins importants que ce qu'ils pourraient gagner avec leur travail d'ailleurs).

Enfin, voici comment un vrai système de répartition pourrait fonctionner. Je pars du constat que le marché n'est pas très bon pour évaluer le mérite des gens. Et déterminer ce que gagnent les gens uniquement à la seule aune de la valeur marchande de ce qu'ils produisent ne donne pas une bonne approximation du mérite au sens moral, tel que le conçoivent les hommes. Par exemple, quelqu'un qui se lèverait tous les jours pour aller travailler, même s'il ne produit rien de valeur, mérite plus que 0... Un financier sous la goulotte à fausse monnaie n'a pas grand mérite et pourtant, fait aisément des bonus de 500 000€. Et puis, on ne nait pas tous avec les mêmes capacités. Il faut donc rééquilibrer le système tout en veillant à garder les incitatifs intacts.

Dans notre exemple, on a un salaire moyen Sm de 1960€. Les individus ont un salaire de S. On pourrait ainsi imaginer que tout le monde travaille au prix du marché, mais pour rééquilibrer le système, chacun touche/paye (Sm - S) / Coeff.

Ceux qui gagnent moins que le salaire moyen Sm, reçoivent des sous. Ceux qui touchent plus en payent. Et chose essentielle à mon sens, ce système est toujours à l'équilibre et s'ajuste d'années en années. Par construction, il n'est jamais en déficit et peut fonctionner à l'infini sans remise en cause perpétuelle des différents prédateurs sociaux qui essaient de tirer la couverture à eux. Selon que ce coeff est plus ou moins bas, la courbe des salaires est plus ou moins plate et le coefficient de Gini faible.



Ainsi, les élections pourraient alors voir la gauche demander que l'on baisse le coefficient, la droite qu'on le monte. Et on arrêterait de promettre à la plèbe lobotomisée et égoïste de l'argent issu de l'endettement des pas encore nés. Quelque chose qui ressemble à une démocratie digne de ce nom et puisse nous faire dire de Tocqueville qu'il s'était planté et qu'il n'était pas visionnaire... Histoire qu'on rentre enfin dans le XXIème siècle...

Les puristes pourraient même imaginer piloter les global imbalancies comme ça. On pourrait dire que ce coeff s'ajusterait automatiquement selon le déficit commercial. Les pays en déficit verraient leurs coefficients augmenter afin de rendre le travail de base moins cher et permettre d'investir et exporter. Et inversement, ceux en excédent devraient augmenter leur coefficient pour favoriser la consommation.

Enfin, il faudrait encore intégrer les revenus du capital au calcul. Et il faut aussi que l'aide se fasse sur le nombre d'heures travaillées et pas en absolu, afin de garder un incitatif dans le bon sens (il faut éviter à tous prix les effets pervers que ne cesse d'instaurer la pseudo solidarité de gôche, et même pas efficace à réaliser le but premier qu'elle se fixe).

Enfin, au passage, à remettre tout le monde au travail, on voit qu'on fait d'un coup +7% de croissance dans mon exemple.

Pour en revenir à l'Allemagne, si j'ai bien compris, la réforme allemande a consisté à faire ça, sans le volet redistribution. Un peu comme si ils avaient un coefficient infini... Et ils auraient surement beaucoup à faire en terme de redistribution pour augmenter la rémunération des bas salaires. Mais il ne faut pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Ils ont raison sur le principe de ne pas mettre de salaire minimum.

En fait le gros gros écueil n'est pas là. Le gros blocage, c'est que même sans salaire minimum, et même si c'est bien mieux que la France et ses 10% de chômeurs, l'Allemagne a quand même encore 7% de chômeurs. C'est à dire que même sans salaire minimum, beaucoup de gens ne trouvent pas à avoir un emploi...

Là peut-être faut-il que l'État prenne le relai et que l'on ramène chez nous des usines qui ont été délocalisées. Comme le textile parti au Maghreb par exemple. Même peu payés, le système de redistribution se chargera alors de donner aux gens des revenus décents... Avec la mondialisation, c'est quand même pas les emplois qui manquent. A l'échelle de la planète, on devrait bien pouvoir trouver à ramener des usines pour employer 5 millions de personnes.

Quant aux pays émergents/submergents, s'ils veulent des emplois, il n'ont qu'à se créer eux aussi une base de consommation et participer à la demande solvable mondiale. Ils ne peuvent pas vivre indéfiniment en parasite sur le dos de la demande solvable occidentale. A un moment, il va falloir qu'ils redistribuent les revenus chez eux aussi.

Sinon, en France, on a l'autre option. On continue comme avant, et la pseudo gôche, dirigée par les vieillards faillis du papy boom et au delà, sans aucune idée neuve, restés coincés dans l'espace temps visqueux des années 70 et de leur vision trotskyste surannée, n'a rien d'autre à dire que "salauds de riches" et de demander l'aumône pour les gueux maintenus dans la misère :
Paris Plage : la CGT réclame le droit de partir en vacances pour les chômeurs
AFP via boursorama, 12/08/2010 (en Français texte en français )
http://www.boursorama.com/international/detail_actu_intern.phtml?num=815eff4f473df775d812148de876b02a
"Paris Plage sur les quais de Seine, c'est plutôt bien, mais on aimerait que les chômeurs puissent partir eux aussi en vacances en bord de mer. Partir en vacances n'est pas un luxe, ni une faveur mais un droit issu de luttes", a déclaré à l'AFP Jean-François Kiefer, secrétaire général de la CGT Chômeurs.

Sur les blazers ou tee-shirts de plusieurs militants postés près de boîtes de bouquinistes fermées pour cause de congés, des autocollants bleu ciel portaient l'inscription: "Mes vacances j'y tiens, j'en veux".

La CGT réclame l'octroi de chèques vacances pour les chômeurs et précaires, le développement d'une politique gouvernementale de tourisme social pour permettre aux familles défavorisées de partir en vacances, l'accès aux colonies de vacances pour les enfants des chômeurs et précaires.

Visiblement, l'idée de mettre en place un système pérenne qui permettrait à tous de se payer des vacances, avec les revenus de son travail, ne viendrait à l'idée de personne  

8 commentaires:

  1. Et qu'en est il de l'absurdité consistant à demander aux gens de travailler plus longtemps (allonger l'age de départ en retraite) alors que beaucoup de jeunes ne trouvent pas d'emploi !?

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  2. L'idée est belle, mais j'ai du mal a voir sa mise en place effective : Sans salaire minimum qu'es-ce qui empêcherait le patronat de baisser les salaires? Passer un "contrat moral" comme l'a fait Nicolas Sarkozy avec les restaurateurs lors de la baisse de la TVA ?

    Mais sinon le principe est séduisant...

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  3. Merci pour cette démonstration pleine de bon sens. Je vote pour car cela permettrait de responsabiliser les assistés opportunistes qui considèrent que tout leur est dû comme les requins opportunistes qui ne voient aucun inconvénient à ce que leur salaire soit 100 fois plus élevé que la moyenne. On ne fera pas l’économie d’une responsabilisation des citoyens.

    A cela il faut ajouter que l’on doit craindre que le chômage ne monte en flèche quand les effets du pic pétrolier se feront pleinement sentir. Combien de jobs perdront alors leur légitimité avec le fin progressive du subside énergétique (en espérant que cela soit progressif) ? Pour anticiper ce cataclysme, l’Etat devrait lancer un plan Marshall exposant 1000 pour relocaliser la production d’à peu près tout et revaloriser le travail manuel pour répondre aux manques de demain. L’artisanat et la production agricole traditionnelle doivent être soutenus mais sans dogmatisme car l’objectif n’est rien d’autre que se donner les moyens d’une résilience. Si on ne prend pas le taureau par les cornes on se dirige vers un Shutdown incontrôlé qui risque d’ouvrir les portes du chaos dans nos sociétés ultra complexes.

    Je vous conseille l’interview de Joseph Tainter sur The Financial Sense - The Collapse of Complex Societies

    http://www.financialsense.com/financial-sense-newshour/in-depth/joseph-tainter-phd/the-collapse-of-complex-societies

    Peak.Oil.2008

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  4. un extrait à propos du texte d'Olivier Py, à La Rochelle, le 28 août 2010.
    Université d'été du Parti Socialiste.

    Pour une architecture de l'espérance.

    Citer:
    Être de gauche aujourd'hui, ce n'est pas augmenter le SMIC. (...) A quoi bon gagner plus si ce plus n'offre aucun élément de dignité. A quoi bon gagner plus si ce plus n'est pas transmissible aux générations futures comme héritage générationnel, à quoi bon gagner plus si ce plus n'est pas une justice sociale plus grande mais seulement un argument consumériste dérisoire, à quoi bon gagner plus si ce n'est au profit d'une projet de civilisation ? Je crains que ce plus que nous ne voudrions faire gagner aux classes laborieuses (NB: européennes, Olivier Py parle de la relation Nord/Sud par ailleurs) et qui représentait une véritable dignité il y a cinquante ans ne signifie plus rien aujourd'hui. Il y a encore des riches et des pauvres, c'est indéniable, mais ils ont la même culture, la culture marchande, la culture instantanée, la grande fascination pulsionnelle pour l'image, la même dépendance à la virtualité vide, la même parole formatée par les matraquages télévisuels. Les milliardaires eux-mêmes ont, aujourd'hui, les mêmes valeurs que les plus démunis, c'est en cela que le prolétariat n'existe plus. Le prolétariat existait quand il avait SA culture et ne l'avait pas acheté dans une magasin franchisé.


    ça t'en bouche un coin, hein, mon disco !

    Je crois que ce texte est le parfait complément du manifeste des économistes attérés, en tant que projet de civilisation économique et social progressiste.

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  5. Si tu termine le calcul, tu obtiens:
    S = (1-1/coef)*S + Sm/coef

    Tu as donc un taux uniforme de 1/coef et un impôt négatif de S/coef.

    Donc rien de bien nouveau, tu as juste réinventé l'impôt négatif. C'est un concept bien connu et défendu par des personnes de gauche ou de droite, mais minoritaires.

    Ca présente bien sûr deux intérêts: éviter les effets de seuil, comme tu l'as souligné, et simplifier le système, puisque ca permettrait de regrouper tout notre fatras d'aides sociales par une seule aide.

    C'est aussi pour ça que je doute que ça puisse être adopté dans un futur proche. La tendance actuelle est plutôt à une inflation bureaucratique, une complication absurde du système fiscal. On nous ajoute chaque jour un nouvel impôt, une nouvelle aide sociale, ou une nouvelle niche fiscale...

    Sinon, on peut aussi utiliser l'impôt négatif en plus d'un impôt à taux progressif, ce qui permettrait de taxer davantage les revenus très élevés.

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  6. Désolé, j'ai fait une erreur en écrivant le calcul précédent. Ce qu'on obtient c'est que le revenu après impôt devient:

    S*(1-1/coef) + Sm/coef

    Donc ça fait bien un taux de 1/coef et un impôt négatif de Sm/coef

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  7. Intéressant cette idée d’impôt, notamment le fait que dans l'exemple donné le système reste toujours à l'équilibre. La formule proposée souffre pourtant d'un petit problème, elle ne fonctionne que si il y a un nombre identique de personne pour chaque tranche de revenu.
    A partir du moment où l'on a, par exemple, 1 personne par tranche de revenu (1 à 800€/mois, 1 à 10000 etc...) et disons 2 personnes à 400 le système n'est plus à l'équilibre, il devient déficitaire...

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(Les commentaires sont modérés pour éviter la fête au n'importe quoi. S'il n'apparaît pas de suite, ne vous inquiétez pas, c'est que je ne l'ai pas encore modéré.)