samedi 6 mars 2010

Une crise de la dette, une crise de la mondialisation ? Non ! Une crise de la fiscalité ! (5)

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Dans la lignée des posts précédents, je vous mets ici un article et une interview de Jacques Sapir, directeur d'études à l'EHESS, que vous pouvez entrevoir de temps en temps à C dans l'air notamment.



Croissance anémiée, Europe épuisée : la France doit avancer seule
L'Observatoire de l'Europe, Jacques Sapir, 05/03/2010 (en Français texte en français )
http://www.observatoiredeleurope.com/Croissance-anemiee,-Europe-epuisee-la-France-doit-avancer-seule_a1354.html

Un long article qui explique l'essentiel :
   les riches toujours plus riches qui accaparent tous les gains de productivité et de croissance, et qui fuient l'impôt grâce à la liberté de mouvement des capitaux,
   une Europe agonisante et anti démocratique qui n'a de cesse que de de servir les intérêts de la ploutocratie,
   la nécessité de restreindre la liberté de mouvement des capitaux pour empêcher les riches de fuir l'impôt.

C'est pas évident de piocher des éléments en particulier dans ce texte conséquent :

Allons-nous nous résigner au pire ? Nous sommes confrontés à la perspective d’une période relativement longue de faible croissance et d’accélération du processus de déconstruction sociale dont nous pouvons déjà voir les effets de nos jours. L'Europe est épuisée. Qui peut encore croire en un approfondissement de sa dimension fédérale alors que l’on s’apprête à abandonner les pays les plus endettés. Cette Europe ne se changera pas sans un affrontement, voire un éclatement. Nous ne ferons pas l’économie d’une épreuve de force, et il faut s’en convaincre et s’y préparer afin d’en tirer le meilleur parti. Nous n’avons pas à le redouter. Ce sera l’occasion de remettre à plat l’architecture de la construction européenne. Il n’est pas d’autre choix possible que d’avancer, pour un temps, seul. Mais, l’ébranlement que provoqueraient des actions unilatérales de la France auraient comme effet immédiat d’ouvrir un immense débat en Europe. Si nous aurons à prendre nos premières décisions seuls, gageons que nous ne le resterons pas longtemps.

I - De « l’inévitable » et pourtant fort contestable austérité

De toute part, on nous présente l’austérité comme un choix inévitable. L’argument du déficit budgétaire, qui nous a déjà été servi ad nauseam, sert bien évidemment de prétexte. Alors même que la démographie connaît en France un redressement notable, on veut aussi tailler dans les retraites. Enfin, la précarisation du travail, dans le secteur privé comme dans le secteur public, est plus que jamais à l’ordre du jour. Tous ces choix nous sont présentés comme le produit d’évolutions inéluctables. Pourtant, ils sont tous extrêmement contestables.

Pourtant, le mouvement d’enrichissement des plus riches est incontestable dans le long terme. C’est ce qui explique pourquoi la majorité des revenus est aujourd’hui comprimée, au point de ne pouvoir maintenir son pouvoir d’achat que par l’endettement.

Classes populaires et classes moyennes se sont ainsi entre-déchirées autour d’un gâteau qui se réduisait sans cesse, et cela pour la plus grande satisfaction des plus riches…

De fait, c’est dans une nouvelle alliance des classes populaires et des classes moyennes que se forgeront les armes de la défaite de ceux qu’Alain Minc représente, les plus riches et les plus repus.

La courbe des salaires nets a bien été déconnectée de celle des gains de productivité

Ainsi, les salaires des 50% des Français les plus mal payés n’ont pas progressé depuis 1999.

Le maintien de taux de change entre les monnaies nationales et l’Euro aurait permis de jouer sur l’ajustement des monnaies. Le système d’une monnaie commune, établissant une barrière face au reste du monde, mais ne fixant pas définitivement les parités de change pour les pays membres, était et reste, de loin le plus logique.

"One size fits all". Où on essaie de faire rentrer le petit gros et le grand mince dans le même costume... L'euro est désormais très contesté, et ce de tous les côtés de l'échiquier politique (voir le livre "La fin de l'euro" de Christian Sant-Etienne). Car cette monnaie est objectivement une connerie. Il aurait mieux valu garder les monnaies nationales, et un euro international. Les monnaies nationales auraient eu un taux de change déterminé avec l'euro. En revanche, seul l'euro aurait été échangeable sur les marchés internationaux. Ce système qui ressemble au serpent monétaire européen ou à l'écu avant l'euro, a le mérite de laisser aux pays la possibilité de dévaluer.

Loin de constituer un écran et une protection, les directives européennes ont souvent été en avance sur l’OMC. En fait, nous nous sommes ouverts massivement du fait de l’Europe et nous en payons aujourd’hui le prix avec le processus de désindustrialisation et avec les diverses formes de délocalisation. Par ailleurs, cette ouverture n’a nullement profité à l’économie française. Le solde commercial, qui s’était un instant redressé au début des années 1990, a ensuite replongé, phénomène largement dû à la surévaluation de l’Euro, mais pas uniquement.

L'Europe désespérément libre échangiste est en train de laisser sombrer nos nations avec sa doctrine d'abrutis. C'est d'ailleurs à se demander, devant tant d'acharnement à vous appauvrir, si ces gens sont juste des illuminés de la doctrine, ou s'ils ne sont pas juste au service d'intérêts autres que les votres...



II - Quelles politiques ?

Nous sommes donc confrontés à la perspective d’une période relativement longue de faible croissance et d’accélération du processus de déconstruction sociale dont nous pouvons déjà voir les effets de nos jours. (...)

Pourtant, une autre voie est possible. Elle est surtout nécessaire si nous ne voulons pas nous résigner à la régression sociale et au démantèlement du modèle social français et de ce qu’il apporte, y compris au-delà de nos frontières.

1) Il faut ici évacuer l’une des solutions qui est le plus souvent proposée est qui en réalité est une solution fausse, l’alignement de la politique économique et sociale de la France sur ce qui est qualifié de « modèle scandinave » (Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède).

[...]

2) Ceci nous renvoie donc à notre problème initial, la définition d’une politique économique et sociale qui soit en mesure de sortir la France de son marasme.

C’est pourquoi il nous faut, sur la base de l’expérience, récuser toute politique qui ne donnerait que l’Europe comme solution à la crise de l’Europe.

L’Europe ne se changera pas sans un affrontement, voire un éclatement. Nous ne ferons pas l’économie d’une épreuve de force, et il faut s’en convaincre et s’y préparer afin d’en tirer le meilleur parti.

Une autre politique fiscale est nécessaire et elle implique, pour être efficace, un strict contrôle de la circulation des capitaux à court terme. Ceci aura pour effet de mettre entre parenthèses la zone Euro, mais sans toucher pour l’instant à l’essentiel.

Dans le même temps, il conviendra de modifier le statut de la Banque de France pour d’une part l’autoriser à prendre unilatéralement toute mesure réglementaire conservatoire et d’autre part pour l’autoriser à acheter des bons du Trésor.
Ce qui veut dire monétiser la dette

Une telle politique est la seule qui puisse offrir un réel espoir aux classes populaires, qui ont vu leurs revenus stagner depuis maintenant dix ans, mais aussi aux classes moyennes auxquelles elle ouvre la perspective d’un rééquilibrage de la pression fiscale et, via le retour à une forte croissance, d’une reprise de l’ascenseur social. C’est donc autour de cette politique que doit se construire l’alternative politique faisant écho à l’alternative économique. Dès lors, la question du choix du candidat est relativement secondaire. Elle doit donc être posée après, et non avant, le choix d’une politique et lui être subordonnée.

Voila, ça a le mérite d'être clair et de poser clairement le débat. Quant aux richards de BFM qui vous expliquent qu' "il n'y a pas d'autre alternative", maintenant, vous saurez.

Parce que ce que tout ce qu'ont à vous offrir actuellement vos dirigeants, c'est 1929 à la sauce XXIème siècle.

Sinon, vous pourrez aussi écouter les interviews de Sapir et de Lordon, sur le protectionnisme notamment :


J'ai du louper un épisode
Pascale Fourier (en Français texte en français )
http://www.jaidulouperunepisode.org/Interviews.htm

Vous trouverez sur ce site tout un tas d'interviews qui vous chantent autre chose que la mondialisation heureuse et toujours moins d'impôts pour les riches. Vous pourrez, donc, notamment écouter Lordon et Sapir, sur le protectionnisme entre autres, et toutes les conneries qu'on vous raconte à ce sujet (comme quoi c'est ce qui aurait causé la 2ème guerre mondiale et que c'est le mâââl absolu).

Et donc, en fait, la dialectique qui se pose souvent, c'est de choisir entre Keynes :
  État fortement impliqué dans l'économie, personne ne fait jamais faillite,
  Forte redistribution des revenus)
et Hayek :
  État pas du tout impliqué, les faillis font faillite, les actionnaires sont rincés, les patrons virés, les créanciers ruinés,
  Pas de redistribution du tout.

Sauf que j'ai vraiment du mal avec cette dialectique   

Je ne vois pas pourquoi il faudrait accepter en bloc toute une doctrine qui regroupe des éléments indépendants les uns des autres. Et d'ailleurs, la ploutocratie au pouvoir l'a très bien compris, et ne se gène pas pour piocher indifféremment dans les deux corps de doctrine ce qui l'arrange systématiquement :
   Ils sont libéraux en période de croissance et de montée de la bulle de crédit afin d'accaparer l'intégralité de la croissance, quand il s'agit d'imposer aux travailleurs toujours plus de concurrence pour faire baisser les salaires, et faire exploser les profits, et la dette. Et aussi quand il s'agit de dire qu'il ne faut pas payer d'impôts,
   Ils redeviennent très vite étatistes dès que le Ponzi se retourne et que la faillite menace. Et là l'État est sensé tous venir les sauver avec l'argent des poypoys qui ont déjà été pressés comme des oranges durant la montée de la bulle.

Bref, ils ne sont jamais sensés perdre. Et il ne faut pas s'y tromper. D'ailleurs, les soit disant médias "libéraux" style BFM ont très vite changé leur discours quand ils ont compris que l'environnement avait foncièrement changé et que maintenant, il faudrait aller racketter les payeurs de taxe pour continuer à se goinfrer.

Mais de mon côté, je pense qu'il faut retourner ce mode de fonctionnement, pour piocher toujours dans les deux doctrines, mais cette fois ce qui arrange la grande majorité. C'est à dire une économie libérale, avec un État peu impliqué (autre que sur les marchés de rente par nature et/ou avec distorsion de concurrence : supermarchés, réseaux, banques...), et surtout une forte redistribution des revenus (et qui passe nécessairement par une restriction de la liberté de mouvement de capitaux).

Et donc, selon moi, ceux qui voudraient vous vendre en bloc "tout Keynes" ou "tout Hayek", ne sont que des idiots utiles, des sortes de religieux forcenés, et qui ne font en fait que le jeu de la ploutocratie.

C'est André Comte Sponville d'ailleurs qui explique ça très bien avec une thèse simple, comme quoi l'économie est chargée de créer de la richesse, et l'État, pour contrer la concentration du capital inhérente au capitalisme, est chargé de la redistribuer.

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