samedi 27 mars 2010

Quelques vérités chiffrées sur l'Euro Mark

Merci à wiz79 et sakapoff de la bulle-immo pour les sources.

Quand on s'intéresse à ces histoires de déficit, de soutenabilité de la dette, il est bon de regarder l'épargne des ménages, et surtout, ce qu'on appelle la balance courante du pays.

Par exemple, si l'État Français doit 100 milliards à des pays étrangers, mais que les épargnants français ont prêté de leur côté 200 à ces pays étrangers, alors la situation est bien moins pire que si les épargnants français étaient eux aussi endettés auprès de ces pays étrangers.

Ainsi penser la soutenabilité de la dette publique en ne regardant que la sus dite dette publique est trop partiel. Il faut regarder aussi l'épargne financière des ménages du pays (ce qui, j'imagine, n'inclut pas les piles de parpaings).

Du coup, si l'État a des problèmes de financement, il peut toujours taxer les revenus de la dette étrangère détenue par ses épargnants.

Enfin, se focaliser sur la seule balance commerciale ne permet pas de percevoir l'image complète. Il faut aussi regarder les flux d'argent (dividendes et intérêts) que les épargnants perçoivent de l'étranger.

En revanche, la balance commerciale est un bon indicateur avancé de la balance courante future alors que les flux d'intérêts/dividendes indiquent plutôt la capitalisation d'un pays sur sa puissance passée.

Vous pourrez aller voir sur Wikipedia, la définition de la balance courante. Il y a notamment ce graphique explicatif assez clair de ce que contient la balance courante :


Ainsi, dans le cas de la dette grecque, il faut regarder qui détient cette dette. Et se demander du coup s'ils ont franchement intérêt à voir la Grèce faire défaut :

La crise grecque en six questions
Le Figaro, Claire Gallen, 26/03/2010 (en Français texte en français )
http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2010/03/26/04016-20100326ARTFIG00441-la-crise-grecque-en-six-questions-.php


En premier détenteur de la dette grecque, on trouve les français, et les allemands. Ben oui vos assurances vie en €, qu'est ce que vous croyez qu'il y a dedans ? Ils sortent pas du cul des vaches les 4% de rendement.

On peut donc alors s'intéresser à la balance courante des pays de l'Europe et voir à quel point l'euro a été un piège pour tous les pays du sud de l'Europe qui se sont fait littéralement aspirer leurs économies par l'Allemagne qui s'est fait un euro sur mesure pour elle même, et qui n'est en fait que le Deutsch Mark appelé différemment :

Voici des graphiques sortis de cet excellent site de statistiques :
  France :
balance courante

balance commerciale


  Allemagne :
balance courante

balance commerciale


La France remontait superbement la pente jusqu'en 1998, avec un prix de l'immobilier très bas qui permettait de faire supporter des salaires pas trop élevés, une monnaie saine et une épargne orientée vers l'économie. L'Allemagne, elle, en revanche, avait une balance commerciale et courante dans le rouge depuis les années 70. L'Allemagne, en imposant avec le passage à l'euro, sa monnaie de protestant austère à la France, a dégradé fortement la compétitivité du pays en lui imposant une monnaie trop forte et en poussant ses habitants dans les affres de la bulle immobilière (avec des taux d'intérêt trop bas). Et l'Allemagne a ainsi pu aspirer les emplois français chez elle.

Et on voit très bien également dans ces graphiques qu'il n'y a pas de compétitivité intrinsèque et naturelle allemande. Tous ses indicateurs étaient dans le rouge, contrairement à la France, avant le passage à l'€. Car leur monnaie trop forte qui avantage trop les rentiers étouffe la croissance.

Et en remplacement de Trichet, il est déjà question de mettre Axel Weber à la tête de la BCE, un allemand partisan d'un euro ultra fort, et qui va graver dans le marbre que l'euro n'est en fait que le Deutsch Mark...

Il va falloir ouvrir les yeux... Les ouiouistes de Maastricht ont en fait vendu la France à l'Allemagne. Et cons comme sont nos dirigeants, je pencherais plutôt pour le fait qu'ils aient fait ça gratuitement en plus...

Pour les pays du Sud de l'Europe, alors qu'ils étaient régulièrement déjà en balance courante négative, l'euro, en interdisant les dévaluations, a fini de les ruiner. Balances courantes :
  de la Grèce :

  du Portugal :

  de l'Espagne :


L'Italie est elle, en gros, dans la même situation que la France :


Les Pays Bas sont eux, en gros, dans la même situation que l'Allemagne :


Et on peut donc étendre le constat du dessus à "les ouiouistes de Maastricht ont en fait transformé l'Europe du Sud en vassal et en colonie de l'Europe du Nord".

Enfin, un autre point très intéressant, c'est de regarder l'état de la balance courante et de la balance commerciale des pays de l'est :
  Slovaquie :
balance courante :

balance commerciale :


  Pologne :
balance courante :

balance commerciale :


Leur balance commerciale est restée négative et leur balance courante s'est même fortement dégradée. Ces pays se font eux aussi littéralement aspirer par l'Allemagne et ne sont pas du tout en train de se développer    Ils se font juste exploiter. On y paye les salariés le minimum, et on rapatrie l'intégralité des profits, en empêchant ainsi tout capital privé de se former dans ces pays, les gardant de ce fait tous salariés et dépendants du capital allemand.

Tous les pays européens se sont vraiment fait avoir. L'Allemagne, face à un véritable gouffre démographique, a utilisé l'Euro pour transformer tous les pays d'Europe en vassaux, et tous les travailleurs européens travaillent désormais pour payer le tribut aux allemands et leur payer leurs retraites.


Le suicide démographique allemand en 2010 et leur modèle de société déflationniste et mortifère* en image

Et sérieusement, qu'on arrête de me parler de "modèle" allemand. Ceux qui nous parlent de ce "modèle" allemand se sont complètement fait bouffer le cerveau par les délires monétaristes de la propagande. Ouvrez les yeux, oubliez un peu les belles abstractions et regardez le vrai monde un peu !

La rente prélevée par les vieux à cause de leur système monétaire de sociopathe rigide est devenue tellement énorme que les jeunes se sont juste arrêtés de faire des enfants pour échapper au déclassement.

Ce n'est pas un modèle ça C'est un suicide ! Pour 800 000 gusses de 50 ans, 350 000 naissances. Il y a plus de vieux de 70 ans que de nouveaux nés...

Dans de telles conditions, il ne nous reste que deux options. Soit les français rejoignent les allemands dans leur modèle de société mortifère*, pour les battre à leur propre jeu (ça je n'y crois pas et je ne nous le souhaite vraiment pas). Soit il va falloir sérieusement songer à sortir de l'euro. Autant se couper une main tout de suite qu'un bras plus tard. Car sur la durée, ces déséquilibres finiront de toute façons par forcer la France à renier cette monnaie débile qui va la pousser à la faillite (au sens propre, pas figuré).

(* Par mortifère, j'entends que, de toutes façons, ce modèle est profondément injuste et n'a rien d'autre à offrir que la mort de la méritocratie, l'effondrement de la natalité, la mise en place de la société d'héritage, et l'envoi massif des jeunes actifs et de leurs enfants aux restaurants du cœur pour payer les thalassothérapies des vieux rentiers sur leur épargne odieuse.)

Car sans l'euro, qu'est ce qui serait arrivé à l'Allemagne avec sa monnaie débilement forte de protestant obtus, qui n'avantage que les vieux rentiers face aux jeunes actifs ? Jamais elle n'aurait pu, comme elle l'a fait, importer chez elle les bons emplois de ses voisins. Sa consommation se serait effondrée, le poids de la rente serait devenu insupportable. Elle aurait continué son suicide démographique tout en sombrant dans une très forte déflation et un taux de chômage des jeunes à 40%, mais avec des vieux bien gras et bien repus.

Au lieu de ça, elle a exporté sa déflation en exportant son chômage que génère naturellement son système monétaire de vieux rentier.

Là encore, on pourrait avoir de tout ceci une lecture très intéressante, à la Todd, entre le modèle égalitaire français, tourné vers la jeunesse, et le modèle patriarcal allemand, inégalitaire, et où seul l'aîné héritait.

J'en veux pas de leur modèle. Il est glauque. C'est un mouroir !

Que la France reste donc française. On n'a vraiment pas à rougir de notre modèle égalitaire tourné vers la jeunesse...


Et enfin, sur les palourdes qu'on continue d'appeler "classes moyennes" par habitude ou par charité :

Sans l'euro, jamais les taux n'auraient pu descendre à 3% et la bulle immobilière prendre cette ampleur.

L'euro a donné encore plus de résonance et d'amplitude à la volonté explicite de nos dirigeants (de "gauche" comme de droite) de suicider leurs classes moyennes dans une sorte d'incontinence générale et de délire masturbatoire autour de murs gris taupe et de plans de travail en béton ciré  

Cette reddition à l'Allemagne a été cachée au peuple en le laissant se faire pipi dessus dans cette gigantesque bulle immobilière et de crédit qui au final, ne profiterait qu'aux ploutocrates locaux au pouvoir, le jour où on présenterait au peuple l'addition de l'orgie...

Et qu'on n'aille pas me dire que tout ceci était imprévisible ou je me fâche   

Sans l'euro, l'inflation serait restée en France à 4%, les taux à 6, 7%. Et jamais les français n'auraient pu à ce point se jeter dans ce suicide immobilier.

Il faut voir à quel point on a poussé ce délire. Je regardais tout à l'heure un diner presque parfait sur M6. On y voit des dames de 45 ans qui habitent littéralement dans des pages du catalogue Ikea, de gros gaillards bien virils participer à des concours de savoir vivre, de décoration et de réception à domicile 

Je suis effaré de voir jusqu'où ils ont réussi à enfermer et isoler les gens dans leurs délires immobiliers et de cocooning. Du coup, j'imagine que ces gens ne font plus rien d'autre que de se consacrer à leur intérieur. Et ils restent enfermés dans leur cage dorée, effrayés de l'extérieur et de l'image qu'on leur en donne au JT de 20h, et n'osent plus entreprendre...

Je maintiens que c'est du suicide. Et il a été largement planifié, voulu, encouragé.

C'est pas bien compliqué de toutes façons... Toujours se poser la même question. A qui profite le crime ? Et qui dirige réellement ?

Ce sont les chiffres américains mais j'attends avec impatience d'avoir ces chiffres pour la France (surtout de 2000 à 2010)...

En fait les classes moyennes occidentales ont oublié ce que c'était qu'être de la classe moyenne. Posséder tous les attributs de la classe moyenne, mais à crédit, ce n'est pas faire partie de la classe moyenne. C'est juste être un pauvre qui en singe l'appartenance.

L'or, c'est la monnaie des rois. L'argent, c'est la monnaie des gentlemen. Le troc, c'est la monnaie du peuple. Mais la dette, c'est la monnaie des esclaves.

Ce qui fait une classe moyenne, ce ne sont pas des intérieurs Ikea bien lisses et à crédit. Ce qui fait une classe moyenne, c'est une bonne répartition des patrimoines nets (patrimoine moins les dettes) au sein de la population...

Les classes moyennes du temps où elles existaient, semblaient beaucoup moins riches extérieurement. Mais elles pouvaient vivre avec un seul salaire par ménage. Elles ne risquaient pas chaque jour le chômage, la précarité, le déclassement... Elles étaient en fait beaucoup plus riches de leur liberté.

Aujourd'hui, ces dernières ont troqué cette liberté contre des écrans plats à crédit.

Pathétique France... En même temps, si les classes moyennes se sont laissées faire, elles n'ont que ce qu'elles méritent. Elles auraient pu s'acheter un cerveau. Liberté égalité fraternité, ce n'est pas un dû, ça se mérite.

3 commentaires:

  1. C'est dommage que le graphique de la balance courante de la France ne commence pas au début des années 70 comme l'Allemagne, car depuis 75 en France il n'y a que 3 fois que la balance est >0.

    La balance courante <0 des années 90 de l'Allemagne, c'est due à la réunification?

    Le Graphique de la balance commerciale de l'Allemagne montre qu'elle est vraiment excédentaire depuis le début 2000, et je n'aurais pas cru qu'elle fut peu excédentaire auparavant, comme quoi les idées reçues..........

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  2. bonjour disco
    Si jamais elle n'est pas de toi (partiellement), saurais tu par hasard de qui est cette citation?
    "L'or, c'est la monnaie des rois. L'argent, c'est la monnaie des gentlemen. Le troc, c'est la monnaie du peuple. Mais la dette, c'est la monnaie des esclaves."
    Merci

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  3. “Gold is the money of kings; silver is the money of gentlemen; barter is the money of peasants; but debt is the money of slaves.”

    - Norm Franz (”Money and Wealth in the New Millennium”, 2001, Whitestonepress, page 154).

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