jeudi 11 mars 2010

Libéralisme, surendettement et propagande

Bon, je ne reviendrai même pas sur la nouvelle comme quoi les USA envoient bouler EADS pour le contrat de 40 milliards d'€ d'avions ravitailleurs de l'US Air Force pour acheter des Boeings, même moins biens. Les bras m'en tombent  

Sans blagues    Il n'y a plus guère qu'en Europe que les traitres (voir plus bas) de l' "élite" soutiennent encore ce libre échange acharné et réclament qu'on aille jusqu'au bout du bout de la destruction de la demande solvable et qu'on finisse de laisser dépouiller l'économie européenne.

Alors, n'en pouvant plus d'écouter la propagande anti protectionniste, reprenons un peu sur ce qu'il s'est passé depuis 20 ans.

Je prends le cas américain où toutes les informations sont disponibles :

Alors voici le graphe de la mondialisation heureuse que tous ces défenseurs devant l'éternel de votre propre ruine vous mettront systématiquement en avant :

Croissance mondiale, des émergents, et du monde développé selon le FMI

Alors, on vous explique que le libre échange a permis de sortir de la misère des millions de personnes dans les pays émergents. Et effectivement, cet argument là, on peut l'entendre. Sauf que la question à se poser, c'est de savoir si c'est le libre échange qui est seul responsable de ce décollage ?

Je passerai sur les arguments fondamentaux de gens comme Emmanuel Todd qui expliquent que le décollage de ces pays est lié au fait qu'ils aient :
  contrôlé leur démographie,
  massivement alphabétisé leur population.
Et que ce décollage est en grande partie dû à l'arrivée à l'âge adulte de générations éduquées et nombreuses et qui font beaucoup moins d'enfants que leurs propres parents.

A la rigueur, je veux bien entendre que le libre échange a permis d'amorcer la pompe en apportant du capital. Mais maintenant que la pompe est amorcée, est-ce bien nécessaire de s'acharner ?

Mais il y a un autre paramètre essentiel intimement lié et indissociable sans lequel tout ça n'aurait pas été possible :


Maintenant, imaginons que la dette US aie suivi l'évolution réelle de ce que l'économie américaine aie pu supporter, au fur et à mesure qu'on transférait en Asie de bons emplois américains bien payés et qu'ils étaient remplacés par des emplois précaires, à mi temps et moins bien payés, chez Walmart.


Il ne s'agit que d'un graphique à la louche, mais en rouge, je vous ai mis ce que j'estime être le sur endettement engendré par rapport à la "debt carrying capacity" (capacité d'endettement supportable). Cette "debt carrying capacity" aurait du plafonner vers les années 1995 où les délocalisations des bons emplois ont atteint un paroxysme.

Dans le tableau du bas, je vous mets en gros le ratio dette/PIB effectif, le ratio dette/PIB qui aurait dû être supportable, et de quel pourcentage du PIB les USA se sont ainsi sur endettés chaque année.

Et je rapporte ensuite ce sur endettement des américains à la croissance mondiale dans la dernière colonne...

On doit pouvoir faire le même calcul avec l'Europe et l'Australie et raisonnablement doubler les chiffres de cette croissance factice, apportée par le sur endettement.

Du coup, la mondialisation heureuse, ça a consisté à supprimer les revenus des occidentaux, à les sur endetter à la place pour qu'ils puissent continuer à consommer.


Du coup, en retirant ça aux chiffres de la croissance mondiale, celle ci semble bien pâlichonne et en gros depuis 2000, à la louche, la croissance mondiale est intégralement due au sur endettement des serfs occidentaux...

Et on verrait très vite que sans ce sur endettement de l'occident, avec leur libre échange, le monde serait en fait en croissance très faible dès le début de sa mise place et en récession depuis 2000. Au passage, vous noterez que la croissance mondiale faisait du 7% en 1970 sans qu'on nous parle de libre échange. Et que donc, le pic de croissance depuis 1990 dont ils se targuent, n'était en fait qu'un shoot à l'héroïne et qu'il masquait en fait une croissance mondiale anémique, voire une récession...


Mais alors pourquoi cette dette a autant explosé si elle était bien au dessus de ce que l'économie pouvait supporter ? Et bien parce que le sur endettement, comme en 29, est absolument indissociable du libre échange. L'un ne va pas sans l'autre. Sans quoi, le libre échange entraine très rapidement récession et déflation.

Ainsi, ce sur endettement a permis un temps à la branle couillie libre échangiste d'échapper à la contrainte de la destruction de la demande solvable. Car sans ça, le libre échange aurait été un échec dès le départ.

Naturellement, comme ces transferts de richesse sont tous passés par le goulot d'étranglement des multinationales, ces dernières ont prélevé au passage, du coup, une part gigantesque de ce transfert de richesses. Et leur poids est devenu si grand qu'elles en menacent désormais la démocratie.

Ainsi, pour résumer :
  on a transformé un emploi à 100 de revenus dans l'industrie en un emploi à 50 de revenus chez Walmart
  on a endetté de 40 par an cet employé pour qu'il continue à consommer comme avant
  on a remplacé ce travailleur par un chinois à 10
  le prix de revient est passé de disons... 100 à 70
  le prix de vente est passé de 110 à 100
  et donc les profits sont passés de 10 à 30

Ce qui a engendré l'explosion des inégalités que l'on sait, où toute la pseudo croissance, due intégralement au sur endettement, est allée intégralement dans les poches de la branle couillie :

Part des revenus allant aux 1% les plus riches, aux 1-5% les plus riches et aux 5-10% les plus riches aux USA


Salaires des grands patrons à gauche et salaire médian à droite

Alors, voila, ils sont tous bien contents, ils ont tous bien ruinés leurs propres pays et enrichis à l'extrême les 0,1% de ploutocrates.

Mais ils s'acharnent, ils insistent   Il faut continueeeeer !

Alors que la pompe du développement a été amorcée chez les émergents et qu'il serait grand temps que nos dirigeants commencent à s'occuper de leurs peuples !

Du coup, je suis allé chercher cette petite définition sur Internet :
traitre/trahir : Livrer, abandonner quelqu'un ou quelque chose à qui l'on doit fidélité.

A rapprocher de nos dirigeants "élus" dont le mandat est de servir les intérêts de la majorité. Chacun en fera la déduction logique qui va bien, suite au fait qu'ils aient servi et continuent envers et contre tout aujourd'hui, à défendre uniquement les intérêts de 0,1% de la population, même si pour cela, ils doivent désormais ouvertement appauvrir les 99,9% restants. Alors, je sais ce que vous vous dites, c'est rude "traitres" tout de même. Je me suis dit pareil au début. Mais même si j'ai bien été formaté, lissé, poli, par 20 ans de propagande diffuse et efficace, au bout d'un moment, il faut bien se rendre à l'évidence et finir par appeler un chat un chat.

Ainsi, fort de cette analyse, j'aimerais donc maintenant, vous faire toucher du doigt le mensonge institutionnalisé de la propagande, et des lobbysites au service des ploutocrates qui y défilent... Vous pouvez donc écouter avec grand intérêt ces émissions de BFM, véritable parangon extatique du libre échange. Sur 5 propagandistes libéraux, ils ont quand même invité un protectionniste, histoire de faire un minimum contrepoids. Mais bon... choisi à la méthode Fox News bien sûr. Un pas trop vindicatif, pas trop convaincant, qui ne parle pas beaucoup, histoire que la vérité ne vienne pas à faire trop de bruit...

Et le ton commence même à sentir très fort l'odeur de la désespérance, de la décadence et du déclin (surtout celle du 05 mars), maintenant que la ploutocratie occidentale commence elle même à se faire menacer sur son propre terrain, par les entreprises des émergents avec leurs armées d'esclaves. Déclin auquel naturellement, selon eux, la solution à apporter doit forcément être encore plus de libre échange, plus de libéralisme, plus de dette, plus d'inégalités, moins d'impôts et moins de salaires  

Allez, accrochez vous, courage ! C'est parti pour 2 heures de franche escroquerie intellectuelle ! Je ne vous cite que la crème, mais ce que l'ensemble distille vaut le détour...


Les experts
BFM Radio, 05/03/2010 (en Français texte en français )
http://nr.proxycast.org/m/media/254054201588.mp3?c=information&p=BFM&l3=channel78&media_url=http%3A%2F%2Fpodcast.bfmradio.fr%2Fchannel78%2F20100305_experts_1.mp3


Les experts avec Philippe Dessertine, Alain Madelin et Jean De Belot
BFM Radio, 09/03/2010 (en Français texte en français )
http://nr.proxycast.org/m/media/254054201588.mp3?c=information&p=BFM&l3=channel78&media_url=http%3A%2F%2Fpodcast.bfmradio.fr%2Fchannel78%2F20100309_experts_1.mp3
7mn00
Alain Madelin : il y a des plans sociaux de première classe [...] Quand vous regardez le drame des fins de droit et le super bonus (en parlant du reclassement des employés de Total à Dunkerque), il y a deux poids deux mesures
Un magnifique exercice de diviser pour mieux régner, pour justifier la roumanification généralisée et l'alignement par le bas de tout le monde, la différence allant naturellement aux toujours mêmes 0,1% de ploutocrates... Un cas d'école.

16mn50
Jean De Belot (en parlant de la Grèce et de la dictature européenne) : Il était temps que ça arrive. Puisque voila environ quelque temps qu'on vend un concept européen qui n'est pas de l'Europe. Qui est simplement une zone de marché avec une concurrence exacerbée entre les États : concurrence fiscale, sociale, industrielle, commerciale, et avec aucune véritable politique commune. Il n'y a pas de politique commerciale européenne. La zone européenne est la plus faible des grandes zones commerciales mondiales, la moins protégée [...]
Les gens ont régulièrement dit "on veut faire une Europe véritable. On ne veut pas de cette Europe marché qui fait de la dégradation sociale, de la dégradation commune en permanence. Et à chaque fois, les libéraux libertaires dont on ne voulait pas ont finalement imposé qu'on en revienne à tout ça"

20mn15
Message auditeur : le libéralisme ne peut amener que la révolution devant ce tel mépris des gens qui n'ont pas eu la chance d'être bien nés.
Alain Madelin : Si vous appelez une politique libérale, une politique qui libère l'économie pour fabriquer de la croissance, c'est en même temps la politique la plus sociale. Donc jé récuse totalement cette vision.
   No comment   

22mn00
Alain Madelin : s'il y a de la croissance dans le monde, c'est grâce au libre échange
cf plus haut...

21mn30
Message d'auditeur : arrêtons de mettre des béquilles partout. Instaurons le protectionnisme européen.
Alain Madelin : Ça c'est pour Jean De Belot ça   
Jean De Belot : [...]
Alain Madelin : Si il y a de la croissance dans le monde, c'est quand même grâce au libre échange...
Non Alain, non. Va relire plus haut. Ta croissance pipo, c'est juste de la dette !
Jean De Belot : Je ne vois pas pourquoi nous autres européens [...] nous devrions absolument être les afadis, les ammolis, les battus d'avance de la guerre et de la compétition économique mondiale
Alain Madelin : On ne va pas refaire la théorie économique mais le libre échange est quelque chose de fécond et partagé par le monde entier
Tellement fécond, que lui et son collègue "sur endettement" qui ne le suit jamais de bien loin, ils ont accouché de la seconde guerre mondiale... Sinon, oui, pour être fécond, c'est fécond. Tout dépend pour qui. Pour reprendre l'exemple plus haut, c'est certes fécond pour les 0,1% d'ultra nantis qui se goinfrent de profits, et un peu pour le chinois qui passe de 0 à 10 de revenus...
Toujours ce même argumentaire. Alors que la réalité leur donne tort partout, ils n'ont plus comme ligne de défense que du révisionnisme, des arguments d'autorité, des "c'est comme ça, et pas autrement"   

24mn30
Philippe Dessertine : L'Europe est ennemie du protectionnisme, et depuis des années, parce que l'Europe a payé très cher justement l'expérience du protectionnisme. Elle l'a payée dans les années 30 et 40.
Alors, moi j'ai lu que la guerre, elle a eu lieu parce que les fascistes sont arrivés au pouvoir, pas à cause du protectionnisme. Et ils sont arrivés au pouvoir, non pas avec les voix des chômeurs, mais avec celles des classes moyennes qui en avaient assez de la peur du déclassement et de la menace qui se faisait de plus en plus pressante de finir dans le caniveau. Menaces causées justement par le libre échange effréné et la guerre du tous contre tous qui ne profite qu'à la ploutocratie... Il va falloir arrêter ce mensonge de la guerre causée par le protectionnisme. A ce niveau, c'est de l'ordre du révisionnisme   

NSDAP dans wikipedia
Bien que recrutant dans toutes les couches, le parti attire surtout les classes moyennes indépendantes et les petit-bourgeois.
Un des slogans du NSDAP est à ce moment : « Du travail et du pain »
La politique de déflation sévère menée par Brüning, baisse de l'allocation chômage et des allocations sociales favorisent la radicalisation politique.
Hmmm déflation, ça sonne plus avec libre échange qu'avec protectionnisme...
Josef Goebbels et Walter Darré sont chargés de la propagande aux élections de 1930. Darré est chargé du milieu rural. Il fait campagne sur les thèmes de la défense et de la propriété agricole, de l'aide de l'État à la production et au soutien des prix.
Les gens sont allés voter pour les nazis car en pleine période d'effondrement du libre échange, ils étaient les seuls à proposer la voie logique de la protection, là où les démocrates, comme aujourd'hui, s'acharnaient dans leur bêtise crasse et imposaient leurs plans de rigueur, comme en Grèce aujourd'hui, et bientôt dans toute l'Europe.

Sinon, que notre monsieur Dessertine lise donc cette page et s'imprègne de la mentalité profondément violente et nationaliste de cette époque, d'une population peu éduquée et la compare aux conditions d'aujourd'hui... Qui peut sérieusement croire que parce qu'on réinstaure des barrières douanières, les peuples vont immédiatement se ruer les uns contre les autres   

Accuser le protectionnisme d'être la cause de la 2ème guerre mondiale, c'est soit être le dernier des crétins, soit, être le dernier des propagandistes, à la sauce radio Paris pour le coup...




Et pour ceux qui ne l'auraient toujours pas lu, il faut absolument lire cet article de Maurice Allais, seul prix d'économie français (contrairement à ces messieurs) :
Il faut protéger le travail contre les délocalisations, par Maurice Allais, prix Nobel d’économie
Maurice Allais, Marianne via ContreInfo, 16/01/2010 (en Français texte en français )
http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2956

Les grands dirigeants de la planète montrent une nouvelle fois leur ignorance de l’économie qui les conduit à confondre deux sortes de protectionnismes : il en existe certains de néfastes, tandis que d’autres sont entièrement justifiés. Dans la première catégorie se trouve le protectionnisme entre pays à salaires comparables, qui n’est pas souhaitable en général. Par contre, le protectionnisme entre pays de niveaux de vie très différents est non seulement justifié, mais absolument nécessaire. C’est en particulier le cas à propos de la Chine, avec laquelle il est fou d’avoir supprimé les protections douanières aux frontières. Mais c’est aussi vrai avec des pays plus proches, y compris au sein même de l’Europe. Il suffit au lecteur de s’interroger sur la manière éventuelle de lutter contre des coûts de fabrication cinq ou dix fois moindres - si ce n’est des écarts plus importants encore - pour constater que la concurrence n’est pas viable dans la grande majorité des cas. Particulièrement face à des concurrents indiens ou surtout chinois qui, outre leur très faible prix de main-d’œuvre, sont extrêmement compétents et entreprenants.

Tout comme le fait d’attribuer la crise de 1929 à des causes protectionnistes constitue un contresens historique. Sa véritable origine se trouvait déjà dans le développement inconsidéré du crédit durant les années qui l’ont précédée. Au contraire, les mesures protectionnistes qui ont été prises, mais après l’arrivée de la crise, ont certainement pu contribuer à mieux la contrôler. Comme je l’ai précédemment indiqué, nous faisons face à une ignorance criminelle.


Je reprends sur l'émission après cette petite parenthèse :
35mn15
Jean De Belot : Le sujet n'est pas tellement d'espérer que l'Europe fasse évoluer le bloc chinois ou le bloc américain. [...] Je comprends bien la référence à la 2nde guerre mondiale [...] mais ce n'est pas ça qui doit expliquer aujourd'hui l'espèce de naïveté commerciale, monétaire, fiscale, sociale de la construction européenne qui est en réalité le contraire d'une construction européenne. [...] La situation de l'euro est navrante.
En voila un qui a compris...

35mn45
Philippe Dessertine : La réponse ne doit être en aucun cas le protectionnisme. En aucun cas !
Ha bon ? Et pourquoi ?

35mn45
Jean De Belot : Le grand mensonge, c'est d'avoir fait croire, non pas que le libéralisme, mais le commercialisme, l'ouverture de tous les pays, au marché commercial international, allait profiter à tous les acteurs de l'économie. Et on a essayé de faire croire ça aux populations des pays plutôt vieux, plutôt surprotégés socialement et plutôt à niveau de vie élevé. Et démonstration est faire que ça ne fonctionne pas. Il faut savoir si aujourd'hui, les dirigeants européens veulent en tirer les conséquences et adapter leurs politiques dans l'intérêt de leurs populations.

Regards sur l'actu
BFM Radio, 09/03/2010 (en Français texte en français )
http://nr.proxycast.org/m/media/254054201588.mp3?c=information&p=BFM&l3=channel13&media_url=http%3A%2F%2Fpodcast.bfmradio.fr%2Fchannel13%2F20100310_gjournal_5.mp3


LIBEREZ NOUS DES LIBERAUX !

1 commentaire:

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