samedi 6 mars 2010

Industrie ou immobilier, il va falloir choisir (1)

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Alors que la France lorgne sur le modèle allemand et cherche à se réindustrialiser, elle a désespérément besoin de fonds pour combler son déficit d'une part et investir d'autre part.

Dans le même temps, en Allemagne, il y a eu une forte modération salariale qui a été acceptée par la population, en partie parce que l'immobilier est resté abordable.

Vous pouvez voir sur le graphe suivant que l'Allemagne n'a pas du tout eu de bulle immobilière. Et que la bulle française est bien plus grosse que celle anglaise ou américaine, et qu'elle est du niveau de celle de l'Espagne :


(le graphe est issu d'un flash animé de The Economist et vous pouvez jouer avec ces données ici pour ceux que ça intéresse)

Ou encore sur ce graphique, vous pouvez voir que les pays les plus riches sont aussi ceux avec la part de propriétaires la plus faible :


Et donc, pendant que le français faisait le ouineur de l'immobilier avec son crédit à 30 ans pour un T2 en fonds de cambrousse, et tous ses samedis après midi chez brico merlin pour acheter des tas de trucs de bricolage allemands ou chinois,


...l'allemand, lui, investissait dans ses entreprises...

Et aujourd'hui, alors que le budget de l'État ressemble à ça :

la France se retrouve coincée avec cette bulle gigantesque et contre laquelle il aurait fallu lutter dès 2003.

La France veut donc essayer de suivre le modèle allemand et se réindustrialiser. Elle a donc un besoin urgent de réorienter les 30 milliards d'euros de camions de vos impôts que l'État déverse chaque année dans l'immobilier (Robien, Scellier, Borloo, APL, déduction des intérêts d'emprunt...) pour les réorienter vers l'investissement. Soit au passage, entre 500€ et 1000€ d'impôts par actif et par an qui partent pour faire en sorte que l'immobilier reste cher...

Et là je vous vois venir : "Et les banques ? Si l'immobilier se casse la gueule ? Il ne peuvent pas lâcher les banques, non ?"

Alors, en effet, si les faillites personnelles augmentent trop et que, l'immobilier baissant, la revente de la maison saisie ne couvre pas le crédit restant, les bilans des banques pourraient être mis en danger...

Mais si en investissant et en créant de l'emploi, les endettés sont assurés de pouvoir rembourser jusqu'au bout leur crédit, les banques n'auront rien à craindre, et ce, quelle que soit l'évolution future des prix de l'immobilier.

Car en France, contrairement aux USA, les gens empruntent sur leur personne et non sur un bien (hypothèque). Il n'y a pas de "walk away" et tout le monde doit rembourser sa dette jusqu'à la dernière goutte d'intérêts. Du coup, la valeur de l'actif acheté avec l'emprunt est le problème de l'emprunteur et non celui de la banque...

Et pour tous les surendettés qui se diraient que ce que je raconte est irréaliste :

La dépendance fiscale croissante du marché immobilier français
Le Monde, Isabelle Rey Lefebvre, 07/01/2010 (en Français texte en français )
http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/01/07/la-dependance-fiscale-croissante-du-marche-immobilier-francais-par-isabelle-rey-lefebvre_1288580_3232.html
Dans la loi de finances pour 2010, promulguée le 30 décembre 2009, le Parlement a reconduit presque à l'identique les mesures fiscales de soutien au marché immobilier. Les parlementaires sont donc allés contre la volonté du gouvernement d'alléger ces mesures, pour des problèmes de coût, et, surtout, de les "verdir", c'est-à-dire de conditionner leur bénéfice à des exigences de performances thermiques des logements achetés. Huit dispositifs fiscaux ponctionnent ainsi au budget de l'Etat 10,7 milliards d'euros, soit un tiers de l'effort national en faveur du logement.

Les heures de la bulle sont comptées...

Il y aurait eu bien sûr d'autres solutions que la déflation qui garantit la dette et l'épargne, mais vu que c'est cette voie que semble adopter l'Europe, sous la pression de l'Allemagne, la France, tant qu'elle reste dans l'euro, n'a pas vraiment le choix...

Et de toutes façons, si elle sort de l'euro, ça sera horrible aussi pour l'immobilier avec la hausse des taux et tous les crédits existants libellés en "euro-marks".

La France est prise en otage par l'Allemagne en fait et n'a pas vraiment le choix.

Parce que les allemands, eux, ne plaisantent pas dans la course à la dévaluation compétitive :

Baisse historique des salaires en Allemagne
Le Monde, 03/03/2010 (en Français texte en français )
http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/03/03/baisse-historique-des-salaires-en-allemagne_1313962_3234.html#ens_id=1272548
Pour la première fois depuis 1949, le salaire brut moyen annuel a reculé en 2009 en Allemagne.


Ou encore ça :

L'accord des métallos allemands privilégie l'emploi aux salaires
Les Echos, Karl De Meyer, 19/02/2010 (en Français texte en français )
http://www.lesechos.fr/info/inter/020374480615-l-accord-des-metallos-allemands-privilegie-l-emploi-aux-salaires.htm
Le syndicat IG Metall est tombé d'accord avec les employeurs pour des revalorisations salariales très faibles en échange de garanties sur l'emploi jusqu'à la mi-2012. Un résultat favorable aux exportations allemandes.


Et donc, alors que les français regardent avec un certain amusement tous ces pays qui ont endetté leurs poypoys en monnaies étrangère, ce que les français ne comprennent pas, c'est qu'ils se sont en fait eux mêmes tous endettés en Deutsch Marks.

Et alors que l'Allemagne tord le bras à l'Europe pour imposer la déflation, si l'accent n'est pas mis sur l'industrie et l'emploi, les taux de chômage officieux à 20% vont faire exploser les défauts sur les emprunts immobiliers. Et là, les banques auront vraiment du souci à se faire...

1 commentaire:

  1. il y a déjà eu un précédent en France , sur les terres agricoles. Au début des années 70 l'état pour permettre aux agriculteurs d'acheter des terres pour les exploiter leur a permis d'acheter des terres avec des prêts bonifiés à 1% au début , alors que les taux d'intérêt normaux tournaient autour de 10%, voir plus à certains moments. Il s'en est suivi une inflation sur les terres extravagante, de 17% certaines années ; et fin des années 70 une bulle foncière telle que les jeunes agriculteurs voulant s'installer ne le pouvaient plus. En fait les subventions de l'état allaient directement dans les poches des vendeurs, par le biais d'une augmentation du prix des terres.
    Certains avaient alors eu l'idée de contourner le problème en créant des GFA (groupement foncier agricoles). Les exploitations agricoles auraient été découpées en parts comme les entreprises industrielles en actions. Il y aurait eu un marché pour ces parts de GFA comme il y a des actions pour les entreprises industrielles ou de service.
    Ainsi des apporteurs de capitaux auraient pu spéculer à leur guise sans danger pour les agriculteurs , ceux ci devenant locataires des exploitations en GFA et versant un loyer comme les entreprises versent des dividendes aux actionnaires.
    Le gouvernement a tersivergé , puis limité les gfa à des petits groupes , mais sans organiser de "bourse" aux parts de Gfa. La raison avait été que les fonds investis dans la spéculation sur les terres agricoles via les GFA seraient détournés de la bourse et de l'industrie.
    Finalement le gouvernement avait pratiquement supprimé les prêts bonifiés, devenus trop chers pour le budget de l'état, pour l'achat de terres agricoles , provoquant l'éclatement de la bulle.

    Dans le blog ,il est mentionné un certain nombre de pays riches dans lesquels la proportion de propriétaire est faible ; il y en a un que je ne pense pas avoir vu, la Suisse.

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