dimanche 21 mars 2010

"Il faut réduire le déficit !"

Une chronique de Jean-Michel Apathie sur son blog...

2010, l'année terrible
RTL, Jean Michel Aphatie, 25/02/2010 (en Français texte en français )
http://blog.rtl.fr/aphatie/20100225/2010-l-annee-terrible-25-02.html
Reprenons en la substantifique moelle, avec une dialectique simple mais fausse :

  Causes :

Les chiffres du chômage pour le moins de janvier sont mauvais. 19.500 demandeurs d’emplois supplémentaires.

Au mois de janvier toujours, la consommation a fléchi en France, - 2,7%, alors que jusqu’ici ce moteur de la croissance demeurait performant.

Bon jusque là, d'accord, c'est factuel...

Attention, là on bascule !

CELAFOTALETA !!!

  Conséquences :

Ceci est d’autant plus évident que d’immenses chantiers nous attendent. Faute d’avoir voulu le faire avant, alors que les Allemands par exemple ont largement anticipé ce travail, la France doit maintenant déterminer son action pour réduire ses déficits publics.

Or, nous approchons désormais de ce moment. Ils ont dépensé l’argent recueilli par la fiscalité comme celui qu’ils ont emprunté avec une telle inefficacité qu’aujourd’hui chaque service public souffre de sous encadrement ou d’insuffisances de moyens.

Ecrire cela, c’est exposer le problème de l’immense gaspillage de l’argent public durant trente ans, de l’épouvantable gâchis que nous avons laissé faire, voire encouragé par l’incapacité des citoyens à convenir que la dette était un problème politique.

Alors dans ce discours qui semble uniforme, il y a deux choses bien distinctes :

  le gaspillage de l'argent public : sur ce point, je suis d'accord avec lui. Même si il y a eu tout de même de sacrés efforts de faits dans l'amélioration de l'utilisation de l'argent public. Ce n'est plus les années 70 non plus. Mais il y aurait encore énormément à faire en terme de rationalisation/informatisation/simplification, surtout dans tout ce qui est administratif, fiscal... On est encore loin de l'efficacité obtenue dans les entreprises privées. Et ainsi, l'État dégage des marges pour dépenser de l'argent ailleurs, notamment dans l'investissement.

  il faut réduire le déficit pour éviter de perdre notre AAA : alors là, je suis accablé en lisant ça. Faire ce qu'il prône, c'est la meilleure solution pour reproduire 1929 à vitesse grand V. Apathie devrait se dépêcher de lire ce must read :

KOO’s “Good News” - Nomura Economist Says GDP Needn’t Fall In “Balance Sheet Recession”
welling@weeden, Richard Koo, 21/02/2010 (en Anglais texte en anglais )
http://welling.weedenco.com/files/NLPP00001/803.pdf

Réduire le déficit en pleine Balance Sheet Recession, c'est LA connerie à ne pas faire. Ce que ces gens ne comprennent pas, c'est que la dette, c'est la monnaie. Réduisez la dette totale, vous réduisez la quantité de monnaie totale. Et vous rentrez dans le phénomène déflationniste à la sauce 1929 où la quantité de monnaie a baissé de 30%.

Il faut bien comprendre cette formule également
M x V = P x Q
quantité de Monnaie x Vitesse de circulation de la monnaie = Prix des biens x Quantité de biens

Tant que la sphère privée se désendettera, et que la vitesse de circulation de la monnaie diminue, M x V sera en chute libre. Et du coup, P x Q va suivre mathématiquement. La quantité de monnaie s'effondrant, les prix et les salaires vont s'effondrer aussi, les endettés à taux variable et les prêteurs à taux fixe vont faire faillite alors que les taux vont remonter, l'épargne va disparaître, et c'est la répétition de 1929 (crise qui, au passage, n'est pas due au grand vilain protessionism' comme la propagande aime le répéter à l'envi).

Là encore, Apathie devrait lire Debt Deflation d'Irving Fisher (qu'on pardonnera pour son "haut plateau permanent"   ), pour comprendre de quoi il retourne.


C'est là que le cas d'école japonais est vraiment à étudier... Alors que la sphère privée se désendettait, l'État s'est endetté pour compenser le désendettement du privé et a ainsi maintenu la quantité de monnaie et le PIB. Les travailleurs ont grosso modo gardé leurs emplois et ont remboursé leurs dettes sans faire défaut. De plus, l'État ayant un taux d'intérêt bien moins important à payer que le privé, le maintien de cette quantité de dette (et donc de monnaie) ponctionne une rente beaucoup moins importante sur l'économie.

Et alors que l'Europe, pourtant en pleine montée de sa bulle de crédit, faisait une croissance anémique, le Japon, lui, a eu une croissance bien plus importante...

En revanche, je suis d'accord sur le fait que l'État doive rationaliser sa dépense et chercher à obtenir un maximum d'efficacité pour chaque € dépensé. Comme le ferait le privé...

Quant au AAA de la France, comment le dire clairement .... RANAPETER ! Si la France fait comme le Japon dans les années 90 à aujourd'hui, l'État peut largement se financer intégralement avec l'épargne de sa population. Mais il faut pour cela mettre immédiatement en place les outils qui le permettent, et à moindre coût (quitte à court-circuiter les grossistes en obligations que sont les assurances vie, et qui, à l'âge de l'Internet, sont aussi indispensables que les conducteurs de diligence après l'arrivée du chemin de fer).

Ainsi, il suffit pour cela que l'État ne fasse pas appel aux marchés internationaux pour son déficit, comme l'a fait le Japon. Avec 17% de taux d'épargne en France, en arrêtant de soutenir à bouts de bras le parpaing, et en laissant ainsi l'immobilier se vautrer, les gens n'auront plus aucun intérêt à investir dans le parpaing tant que les prix tombent. Du coup, leur épargne va se reporter sur là où elle aurait toujours dû être : dans les entreprises. Comme en Allemagne où l'immobilier est resté peu cher, où les gens sont massivement locataires et où ils ont plutôt investis dans leurs entreprises :


Part de locataires et de propriétaires par pays (la palme de la société de propriétaires allant à la Bulgarie (qui n'est pas sur ce graphique), pays riche s'il en est, avec plus de 90% de propriétaires)


Prix du parpaing dans différents grands pays

C'est un immobilier et une rente peu chère qui permettra de faire supporter une baisse des salaires qui rerendra la France compétitive, et permettra de maintenir l'emploi.

En fait, la France s'est complètement oubliée et s'est fait pipi dessus en s'abandonnant à cette sorte de doux nuage d'opium qu'est le peaufinage de son petit chez soi... De cocoonig au départ, ce repli à l'intérieur est devenue une véritable fuite du monde extérieur... Il est temps que les gens arrêtent de passer leurs samedis après midis au bricomerlin pour peaufiner le carrelage de leur salle de bains et consacrent leur énergie à autre chose de plus productif. Ça leur fera une belle jambe d'avoir une belle salle de bains quand il seront tous chômeurs   

Pour ce qui est de l'épargne, comme les gens (surtout en France) auront naturellement peur d'investir dans les entreprises, il faut que l'État emprunte cette épargne excédentaire et l'investisse pour eux dans les entreprises à la place des gens. Dans ce sens, le grand emprunt ou encore le LDD pour les PME, si ça ne part pas en n'importe quoi, sont d'excellentes initiatives mais il faut aller encore plus loin. Et il faut absolument mettre en place la structure de gouvernance démocratique (ou au moins transparente) qui assure qu'il ne sera pas fait n'importe quoi avec et inspire confiance aux épargnants... De plus, en passant par l'intermédiaire de l'État, le taux d'intérêt pour les entreprises sera bien plus bas.

Et les agences pourront bien nous dégrader notre AAA, mais si la France se finance comme le Japon à 98% avec l'épargne de ses habitants, ça devrait lui en toucher une sans faire bouger l'autre...

Et le déficit, il sera temps de le réduire quand M x V du privé repartira vers le haut, dans des investissement sains et non pas dans ce mauvais investissement flagrant qu'est une bulle immobilière. L'État pourra alors s'attaquer à réduire ses déficits en réduisant son soutien aux entreprises...

Bref, il faut se méfier des fausses évidences et la gestion de mère de famille reportée à la macro économie a ses limites...

De manière générale, d'ailleurs, il serait bon que ceux qui ne comprennent rien à l'économie évitent de dire n'importe quoi   

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