mardi 2 mars 2010

"Faire" de l'inflation ?

On a de plus en plus de personnalités éminentes qui appelent à sortir de la crise en faisant de l'inflation.

On a déjà eu Thierry Breton, ancien ministre des finances, sur BFM :

Thierry Breton : « Nous n'avons pas perdu le contrôle des finances publiques »
BFM Radio, Good Morning Business, Stéphane Soumier, 04/01/2010 (en Français texte en français )
http://www.radiobfm.com/edito/info/53844/thierry-breton-nous-navons-pas-perdu-le-controle-des-finances-publiques-/
Vous pouvez aussi récupérer le podcast ici : lien

On entend ici ou là qu'un peu d'inflation pourrait nous aider aussi ?
Oui, certainement, du reste je pense que les Américains vont partir sur l'inflation d'un moment à l'autre. Les Anglais, vraisemblablement aussi. C'est vrai qu'en Europe continentale et notamment les membres de la zone euro, ce sera sans doute plus difficile à mettre en œuvre, notamment parce qu'on connaît la position de la BCE sur cette question, pour ne pas ruiner les épargnants, on sait quelle est la position de l'Allemagne. On aura donc des débats assez difficiles sur l'inflation à mon avis d'ici à 2011 ou 2012, c'est vrai qu'il faut s'y attendre. C'est incontestable.

Il y a peu, Olivier Blanchard, le chef economiste du FMI, lui, appelait les banques centrales d'occident à cibler une inflation autour de 4% plutôt que 2% :

Le FMI réfléchit à la configuration future de la politique macroéconomique
FMI, Olivier Blanchard, 12/02/2010 (en Français texte en français )
http://www.imf.org/external/french/pubs/ft/survey/so/2010/int021210af.pdf
Les décideurs auraient donc peut-être intérêt à fixer des cibles d'inflation plus élevées en temps normal, de manière à se donner une plus grande marge de manoeuvre monétaire face à des chocs de ce type. Concrètement, le coût net de l'inflation est-il plus élevé à, disons, 4 % qu’à 2 %, qui est la cible actuelle? Est-il plus difficile d'ancrer les anticipations à 4 % qu’à 2 % ?

Ou encore tout récemment, une interview sur BFM Radio de Véronique Riches-Flores, chef économiste à la Société Générale, et qui réagit justement à ces déclarations du FMI :

Véronique Riches-Flores
BFM Radio, Le grand journal, 25/02/2010 (en Français texte en français )
http://nr.proxycast.org/m/media/254054201588.mp3?c=information&p=BFM&l3=channel13&media_url=http%3A%2F%2Fpodcast.bfmradio.fr%2Fchannel13%2F20100228_gjournal_6.mp3
On y entend donc que les banques elles mêmes sont demandeuses d'inflation. Alors que pourtant, les banques européennes ont quelque chose comme 1000 milliards de dettes à refinancer dans les 2 ans (d'après Morgan Stanley). Or qui dit inflation, dit remontée des taux, et donc krach obligataire.

Et quand les banques ont prêté à long terme à taux fixe de 3%-4% et qu'elles se financent à court terme, une telle explosion des taux laminerait leurs bilans.

European banks face showdown over €1 trillion of debt
Morgan Stanley via ZeroHedge, 23/02/2010 (traduire en Français texte en anglais )
http://www.zerohedge.com/content/european-banks-face-showdown-over-%E2%82%AC1-trillion-debt
European banks need to roll over €1 trillion (£877bn) of debt over the next two years at a much higher cost and in direct competition with hungry sovereign states, according to a report by Morgan Stanley.

[...]

Roughly €560bn of EU bank debt matures in 2010 and €540bn in 2011. The banks will have to roll over loans at a time when unprecedented bond issuance by governments worldwide risks saturating the debt markets. European states alone must raise €1.6 trillion this year.

Donc déjà, premier point qui me laisse perplexe...  

A moins que l'inflation soit intégralement réalisée via du Quantitative Easing (achat de bons du trésor à long terme par la banque centrale pour les monétiser, tout en maintenant bas les taux longs sur la dette publique), ce qui impliquerait alors une dette publique qui va exploser comme celle du Japon à 200% aujourd'hui :


Et maintenant, le Japon, qui nous éclaircit la voie avec 20 ans d'avance, arrive à bout de souffle de cette politique qui consiste à recycler l'épargne des ménages en dette publique. Avec un taux d'épargne qui a atteint désormais 2% (et oui ! les japonais n'épargnent plus du tout contrairement à ce que l'on croit), et une démographie affreuse, le sort potentiel qui risque d'attendre le Japon prochainement devrait en refroidir plus d'un en occident.

De plus, comme elle l'explique sans détours, l'inflation profiterait toujours aux mêmes, aux déjà riches, à ceux directement sous la goulotte à pognon. Et les plus pauvres, eux verront passer la dite inflation sans que leurs salaires suivent.

Ensuite, autre remarque, elle ne précise pas le moyen technique à utiliser pour faire de l'infation. Pourtant, ça me semble essentiel.

Parce qu'elle parle juste en pratique, d'une explosion de l'inflation, dure à maitriser, plus vers quelque chose comme 10%...  Donc, là, du coup, à ce que je comprends, elle veut se la jouer Mugabe Schools of Economics, en imprimant directement de la fiat monnaie. Du coup, me vient une autre question. A qui irait cette nouvelle monnaie imprimée ? J'imagine que madame, chef économiste d'une banque, a déjà pris un ticket en tête de la file d'attente...  

Parce que sinon, c'est bien gentil tout ça, mais il faudrait retrouver les débats japonais de 1990 à aujourd'hui pendant ses deux décennies perdues déflationnistes. Et je ne serais pas surpris qu'on retrouve à peu de choses près les mêmes appels à faire de l'inflation.

Parce que s'il y a bien quelque chose que tout le monde pense, c'est que quand l'Etat veut faire de l'inflation, historiquement, généralement, il y arrive très bien.. Et que c'est plutôt pour contenir l'inflation qu'il a les plus grandes difficultés.

Sauf que dans un système monétaire où 95% de la monnaie est de la dette, et qui est donc un système de de crédit et non de fiat monnaie, Steve Keen par exemple a étudié la question et arrive à la conclusion que l'inflation, ça ne se décrète pas dans un tel environnement déjà gorgé de dettes. Et que dans une déflation par la dette, au mieux, ils arriveront, comme les japonais, à contrer un peu la déflation :

The roving cavaliers of credit
Steve Keen's Debtwatch, Steve Keen, 31/10/2009 (traduire en Français texte en anglais )
http://www.debtdeflation.com/blogs/2009/01/31/therovingcavaliersofcredit/
Je ne peux que vous encourager fortement à lire ce document.

Sinon, les japonais, après leur crise de 1990, ont vraiment voulu aussi obtenir de l'inflation. Et voici le résultat :

inflation japonaise de 1990 à 2007

Et les prix de l'immobilier et des actions ont chuté respectivement de 60% et 80%...

Donc peut être que j'ai raté quelque chose, que le Japon n'y est pas allé assez "fort" dans le Quantitative Easing, ou qu'ils ont aujourd'hui d'autres outils que les japonais, ou que sais-je...

Ou encore dernière hypothèse, et pas des moins probables : on est dirigés par des glands...

Et donc, j'avoue rester perplexe devant cette idée de "faire" de l'inflation.

A suivre...

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