mercredi 24 février 2010

Nostalgies (1)

Post suivant 


France Inter, L'édito politique, Thomas Legrand, 19/02/2010 (en Français texte en français)
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/chro/edito/index.php?id=88700

D’après un sondage IFOP pour Paris-Match paru cette semaine, les Français regrettent le franc !

Oui, 69% des Français regrettent le franc…

Ça fait plusieurs années que l’on remarque cette mode du rétroviseur, cette amélipoulinisation de l’opinion… le « c’était mieux avant » a toujours existé mais généralement c’était les plus anciens qui nous bassinaient avec les « de mon temps »…là, on a l’impression que la sépia-attitude prend tout le monde. Quand les quadragénaires dinent ensemble, ils se chantent les génériques Albator et Casimir la gorge nouée comme quand nos grands parents chantaient « le temps des cerises » ! et je suis sur que beaucoup de ceux qui nous écoutent ont déjà eu une petite pincée d’émotion en retrouvant dans la doublure d’une vielle veste une pièce de cinquante centime… comme quand on retrouve le premier livre d’image qu’on a su lire !

Il y a une vraie nostalgie des trente glorieuses, des années de croissance, des grandes politiques industrielles, des plans quinquennaux, bref des années où le personnel politique avait encore du pouvoir sur les choses, le contrôle des prix, la loi de 48 sur les loyers.

Finalement, au regard de cette bouffée de nostalgie, on est en droit de se demander si ce qui a plu aux français, chez le gagnant de cette élection, ce n’était pas surtout le gaulliste, interventionniste à l’ancienne plus que le candidat dynamique qui promettait la rupture (d’ailleurs il faisait souvent référence à 1958, pour évoquer l’ampleur de la rupture promise). La relative impuissance du président, aujourd’hui (comme celle de ses homologues européens d’ailleurs) à mener une politique qui n’ait pas l’air d’être ballotée par les aléas des crises d’un monde globalisé, peut expliquer, en partie, son impopularité actuelle.

Jusque là, j'adhère. En effet, on est comme pris en otages par les marchés, par la rente devenue folle et ces criquets pélerins désormais sans barrières aux frontières qui vont créer les bulles de gauche à droite et dévrent l'économie réelle, et plient la planète à la volonté de la fortune de quelques uns.

Le tout avec la bénédiction du politique. Bénédiction franche et sincère jusqu'à la crise. Mais la position est beaucoup moins vendeuse aujourd'hui. Et si dans les faits, les politiques continuent à soutenir pleinement marché et finance, ils n'ont désormais pas de mots assez forts pour pipoter le serf et lui faire croire que "Oui, Monsieur, moi ! Chuis d'vot' côté et le politique va revenir" !

Et donc forcément, on en vient à regretter ne serait ce que dix ans avant, où on ne craignait pas en permanence pour son emploi. Ne serait-ce que ça.

Du coup, j'ai un peu de mal avec la conclusion de Legrand :
Comment adapter un discours qui traduise le réel pouvoir, limité, des dirigeants d’un pays européens en 2012 ? C’est une question complexe parce que le fameux discours adéquat, le discours honnête, n’est pas forcement celui qui permettra d’être élu par une France qui voudrait retrouver l’époque du Franc…

Comme d'habitude, la problématique n'est donc pas de régler le problème de fonds, de recréer le cadre qui redonnerait à la politique son pouvoir, à la démocratie son sens, et remettraient finance et marchés à leur place. Mais comme toujours, la seule question que les élites se posent, c'est clairement "Comment arriver à pipoter les serfs une fois encore pour qu'ils continuent encore à se faire traire sans broncher ?". Alors que la supercherie apparaît de plus en plus évidente.

D'ailleurs la tendance à regarder derrière a bien été comprise par la ploutocratie meilleur-des-mondesque. Encore aujourd'hui, j'ai tiqué sur cette pub en rentrant dans le tram :


Ca je ne doute pas qu'ils regardent vers l'avenir avec confiance tous ces marketteux et patrons qui s'augmentent de 20% chaque année... Seulement, il va falloir qu'ils souffrent qu'on ne soit pas d'accord avec eux. La campagne vidéo, elle, s'appuie bien sûr sur un petit speech de John Lennon ou de Marylin Monroe qui disent qu'il faut regarder de l'avant. Le tout dans les années 70...


Sauf que c'est toujours plus plaisant de regarder de l'avant quand on est au tout début du Ponzi historique (dont on vit la fin) et qu'on a toute la montée devant soi, plutôt que quand on se retrouve avec comme seule perspective devant soi le précipice. Alors dans un occident en déclin, en recul démocratique, avec les inégalités et la violence qui explosent, leur publicité orwellienne qui nous chante l'avenir... Comment dire...   

Dans le même temps, on entend des gens comme Nigel Farage du UKIP, un mouvement souverainiste anglais, décrire la réalité de l'Europe. Comme quoi l'Europe est une dictature au service de la corporatocratie. Que ses "commissaires" ont pour beaucoup servis en tant que dictateurs en herbe en URSS. Que la Grèce par exemple, qui a un besoin impérieux de dévaluer en est empêchée, que le protectonnisme est interdit, que la monétisation de la dette est interdite... Et ce, qui que vous élisiez...

Les gens que vous élisez n'ont absolument aucune marge de manoeuvre. Et ils se les sont enlevées d'eux mêmes, volontairement. Ils se sont soumis aux marchés et aux corporations. Ils se sont retirés tout seuls tous les pouvoirs importants et les ont confiés à ces "commissaires", non élus, au service des lobbies, ou encore à ces "banquiers centraux", au service des banques... D'ailleurs, on a bien vu l'état de la démocratie lors du référendum pour la constitution. On vous demande votre avis, mais tant que vous votez "mal", vous êtes appelés à revoter, jusqu'à ce que vous votiez "bien".

Face à cette démocratie malade où on vous propose de voter entre les deux succursales d'un même parti au service de la branle couillie (l'autre petit nom sympathique et Ô combien coloré de la ploutocratie), on voit monter une sorte d'alternative politique de droite libérale, dure, en mode école autrichienne. Dans laquelle vous pouvez ranger Gerald Celente, beaucoup de goldeux, Nigel Farage, Peter Schiff, Ron Paul, Mike Shedlock et en gros tous les invités de King World News.

Voici pour situer deux interventions de Farage à la commission européenne :

Ou encore cette vidéo où Boukovsky compare l'union européenne à l'URSS (et il sait de quoi il parle) :

Vladimir Boukovsky, né en 1942, est un ancien dissident soviétique qui a passé 12 ans de sa vie emprisonné (camp, prison, hôpital psychiatrique). Il est le premier à avoir dénoncé l’utilisation de l’emprisonnement psychiatrique contre les prisonniers politiques en Union soviétique.
Et face à ça, les comédiens de l'UMPS continuent leur petit ballet, sous les caméras des médias autorisés, et se renvoient la balle les uns les autres pour occuper la scène en brassant de l'air. Le tout en continuant dans le déni et le mensonge sur l'essentiel. Il ne faudra donc pas s'étonner que des gens comme Nigel Farage puissent cartonner aux élections.

Le problème, c'est que si tout ce que Farage dénonce publiquement est vrai, je garde en tête que ça doit être l'équivalent d'un De Villiers anglais, et qu'il ne vaut pas mieux lui demander ses idées en terme de société, de religion, de la femme, ou de progressisme. Et ils évitent d'ailleurs généralement bien savamment de sortir du domaine économique et d'aborder d'autres sujets où leurs opinions pourraient être beaucoup moins tendance...

C'est fou comme l'histoire se répète en fait...

Vous avez encore une interview de Farage ici sur King World News histoire de cerner ce courant politique montant, dans la lignée des Tea Party aux USA : http://www.kingworldnews.com/kingworldnews/Broadcast_Gold+/Entries/2010/2/20_MEP_Nigel_Farage.html. King World News est une bonne radio d'ailleurs pour cerner tout ce qui va autour de ce mouvement. Ça regroupe encore pour l'instant des gens très différents, au sens où "les ennemis de mes ennemis sont mes amis", et qu'un ennemi commun aide à gommer les différences. Et ils se regroupent autour d'un fort consensus autour des idées libérales de l'école autrichienne.

Ils ont un discours cohérent où il leur suffit de dénoncer la politique économique grotesque de distribution, quoi qu'il arrive, d'argent gratuit aux ploutocrates et aux banksters, ou les autres sous contrôle qui s'enfoncent un peu plus chaque jour dans la propagande orwelienne et qui fait de plus en plus le grand écart avec la réalité.

Cette simple dénonciation de la politique économique et de la propagande qui semble évidente à tous leur donne immédiatement une certaine légitimité et sympathie. Mais bon, je me méfie. Le parallèle avec les années 30 est trop clair dans ma tête. Bref, c'est à surveiller... Mais j'ai peur que ces gens ne brillent pas pour leur amour de leur prochain, surtout s'il est différent, ou par leur compassion envers les pauvres.

Il nous manque désespérément une telle force politique mais progressiste en fait. C'est assez symptomatique en fait d'un empire en déclin. Tout le monde se replie dans sa coquille et cherche à protéger son petit pré carré d'abord, avant de penser progrès collectif. Avec dans la tête, des rêves "passéistes", mais que j'estime légitimes pour le coup, de société harmonieuse, homogène en terme de revenus, policée, travailleuse, un peu en mode "La petite maison dans la prairie" en fait. Une sorte de retour au petit capitalisme familial. Ce qui n'est pas forcément un objectif méprisable soit dit en passant.

Naturellement, ceux qui se nourrissent de l'organisation actuelle du monde présentent ça comme passéiste alors que d'une certaine manière, ça peut aussi être un progrès. Tout leur raisonnement se base sur le présupposé que la société progresse forcément, et que donc, regarder derrière, c'est forcément être regressiste.

Alors que depuis 30 ans en gros, et depuis 10 ans de manière encore plus claire, on "progresse à reculons" (un peu comme la croissance négative  ). Et ce à pas de plus en plus grands. A grand coups de "réformes" qui ne visent qu'à enrichir les riches. Alors dans ces conditions, regarder le passé semble pour le moins pertinent et pas du tout ridicule comme on essaie de vous le vendre. Et puis, sérieusement, regardez l'accélération, regardez les 10 dernières années, et prolongez tendanciellement l'exponentielle du déclassement vécu entre 2000 et 2010. Ça va donner quoi selon vous en 2020 ? En 2030 ? Zola ou bien Dickens ?

Et quand j'entends nos politiques qui se vantent tous pour l'instant d'avoir évité les mêmes erreurs qu'en 29... Ils sont tous persuadés d'être des Roosevelt en puissance et que les livres d'histoire chanteront leurs louanges. Alors qu'ils se refusent d'augmenter les impôts des riches, véritable cause de long terme des bulles d'actifs. Ou encore de la crise de demande solvable une fois épuisé le surendettement des serfs, où les riches prêtent au reste de la population l'argent des impôts qu'ils ne payent plus.


Roosevelt avait monté le taux d'imposition des plus riches à 94% !

Personnellement, je les trouve bien rapides dans la gloriole. Et je parierais plutôt que l'histoire s'en souviendra au mieux comme des Hoover, voire comme des Daladier...

Bref, la réalité est bien plus subtile que la fausse analyse binaire d'une alternative bidon entre un parti de banquiers roses et un parti de banquiers bleus, et qu'on essaie de vous vendre au JT de 20h. Et ce blog essaiera souvent de faire la part des choses, entre ces différentes tendances et d'en suivre l'actualité.

1 commentaire:

  1. Bonjour Disco,

    je découvre aujourd'hui ton blog que j'ai plaisir à marquer dans mes favoris, où tu voisineras avec Eolas et Seb Musset...
    Moi aussi cette pub "anti rétro" m'a fait tiquer...
    Au plaisir de te lire
    Musigny

    RépondreSupprimer

(Les commentaires sont modérés pour éviter la fête au n'importe quoi. S'il n'apparaît pas de suite, ne vous inquiétez pas, c'est que je ne l'ai pas encore modéré.)