mercredi 24 février 2010

Climat social : malaise de basse intensité

Drôle de climat
France Inter, la revue de presse, Bruno Duvic, 23/02/2010 (en Français texte en français)
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/chro/larevuedepresse/index.php?id=88797

L'effet "deuxième lame" de la crise, les conséquences sociales, est peut-être en train d'arriver. Dans la diplomatie, on distingue les conflits de haute intensité, très médiatisés (Total), et ceux de basse intensité, aussi graves mais plus discrets.

Il y a beaucoup de signes de basse intensité, d'un malaise social, ce matin, dans la presse... Le livre de Florence Aubenas, "Le Quai de Ouistreham", sur cette France qui vit à moins de 700 € par mois, suscite toujours beaucoup de commentaires. "Où est passé notre modèle social ?", se demande Yves de Kerdrel dans Le Figaro ?

Dans Les Echos, c'est une enquête de Caroline Montaigne sur les patrons de PME... Car on parle beaucoup des grandes entreprises, mais les petites et moyennes, elles aussi et peut-être encore plus, doivent affronter la crise. Elles représentent 97% des entreprises françaises. Et leurs patrons se sentent bien seuls pour affronter la tempête. "Stress : les patrons de PME, eux aussi, sont touchés", titrent Les Echos. L'article commence par deux suicides : un artisan de Frontignan, dans l'Hérault, sous la pression des encours bancaires, et un patron d'une entreprise de chantier naval qui venait d'être placée en redressement judiciaire. Il a laissé un mot sur son bureau : "Pardonnez-moi de n'avoir pas su sauver l'entreprise".

"La grande souffrance des petits patrons" : sujet tabou jusque-là, mais qui émerge "à la faveur" (entre guillemets) de la crise...

Malaise de basse intensité... C'est enfin le rapport du médiateur de la République, remis aujourd'hui. D'habitude, c'est un document assez neutre et juridique. Cette année, Jean-Paul Delevoye relève une grande incompréhension entre les citoyens et l'administration. D'un côté, un système administratif toujours plus complexe. De l'autre, une précarité croissante. L'agressivité et la violence prennent peu à peu le pas sur le respect. En cette période de crise, conclut le médiateur, notre société a plus que jamais besoin de rapports humains.
(Vous pouvez le podcaster sur le site)

Ou encore :
Henri Vacquin, sociologue, spécialiste des relations sociales dans l'entreprise
BFM Radio, Le grand journal, 22/02/2010 (en Français texte en français)
http://nr.proxycast.org/m/media/254054201588.mp3?c=information&p=BFM&l3=channel13&media_url=http%3A%2F%2Fpodcast.bfmradio.fr%2Fchannel13%2F20100223_gjournal_3.mp3

Même sur BFM, ça se lâche... Interview édifiante, surtout pour BFM   Quoi qu'il en soit, ça colle bien avec ce que je ressens personnellement et aussi autour de moi. Une colère sourde qui gronde, un sentiment d'injustice, de système totalement corrompu, une méritocratie cassée.

Et jusque là, malgré tout, les gens gardaient la volonté du travail bien fait. Mais là, avec la menace de plans sociaux qui plane en permanence, les ploutocrates qui nous dirigent dont les seules compétences consistent à délocaliser et à s'augmenter de 20% par an, les commissaires politiques de la qualité qui continuent de nous imposer leurs directives débiles et complètement contre productives, les gens sont à bout.

Et jusque maintenant, l'amour du travail bien fait avait résisté mais ce que je sens désormais, c'est une démission générale, une sorte d'abandon de poste moral, progressif qui prend place partout. Le sentiment que quoi qu'on fasse, bien ou mal, ça finira pareil, en délocalisation et en licenciement, que les promotions sont réservées aux plus "compétents" au sens du monde d'aujourd'hui : c'est à dire aux plus soumis à ce "meilleur des mondes" qu'on essaie de nous vendre, aux plus cupides, à ceux sans morale et aux margoulins.

Bref, je ne sais pas combien de temps la cocotte va continuer à cuire avant de péter. Mais ça m'étonnerait que ce monde orwellien puisse durer encore longtemps comme ça... Ca va être soit la dictature pour imposer leur monde de merde, soit la révolution. Parce que le statu quo me semble de moins en moins possible.

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