lundi 22 février 2010

Alexis de Tocqueville sur les dangers de l'individualisme

Pr. Jean Michel Besnier (en Français texte en français)
http://www.rationalites-contemporaines.paris4.sorbonne.fr/IMG/doc/Tocqueville_pour_Master_1-1.doc

Tocqueville sert de référence dans la pensée de l'individualisme et de la démocratie.
Il a très bien mis en avant comment les sociétés démocratiques pouvaient se transformer en dictatures sécuritaires feutrées quand les hommes égaux donnaient à l'État tous les pouvoirs pour les protéger.

Thomas Jefferson : "Si tu es prêt à sacrifier un peu de liberté pour te sentir en sécurité, tu ne mérites ni l’une ni l’autre."

Vous trouverez ici un petit cours de master de philosophie politique en format word qui fait une excellente introduction à la question (merci à bulledog de la bulle pour cette pépite).

Quelques citations prises dans le document :
I'homme se met à vivre comme une monade "sans portes ni fenêtres" (Leibniz); il désinvestit la chose publique, déserte l'espace socio-politique et se laisse peu à peu aIIer à abandonner le soin des affaires communes au seul représentant visible et permanent des intérêts coIIectifs, autrement dit : à l'État (cf. II, 359). C'est ainsi que l'individualisme implique la désaffection des libertés politiques et qu'il impose la demande d'un État vigilant et prévoyant. Mais comment en serait-il autrement dans un contexte où chacun fait l'expérience de sa faiblesse et cherche, par conséquent, à préserver ses intérêts propres en consacrant tout son temps à leur gestion et promotion ? Parlant de ceux qui vivent en démocratie, Tocqueville avoue son scepticisme désabusé : "Non seulement ils n'ont pas naturellement le goût de s'occuper du public, mais souvent le temps leur manque pour le faire."

L'individualisme finit par être franchement inquiétant dès lors qu'il encourage les hommes à se reposer sur l'État des soucis collectifs. En effet, jaloux de leur intimité et vivement désireux d'assurer leur confort, ceux-ci vont bientôt désirer un État fort pour protéger leur personne et leurs biens. Par où l'on voit combien l'indépendance, loin de signifier l'autonomie, peut au contraire équivaloir à l'asservissement. La quatrième partie du second volume de La Démocratie décrit précisément la logique qui conduit de l'individualisme à la concentration d'un pouvoir de plus en plus tentaculaire : "L'amour de la tranquillité publique est souvent la seule passion politique que conservent ces peuples, et elle devient chez eux plus active et plus puissante, à mesure que toutes les autres s'affaissent et meurent; cela dispose naturellement les citoyens à donner sans cesse ou à laisser prendre de nouveaux droits au pouvoir central, qui seul leur semble avoir l'intérêt et les moyens de les défendre de l'anarchie en se défendant lui-même." (II, 360)

Je vois, continue l'observateur d'un monde en voie de désenchantement, une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme.
Vision presque apocalyptique d'une société complètement atomisée, où l'horizon s'arrête pour chacun à ses enfants et ses amis - le reste de l'humanité ne formant pas plus de relief qu'un décor de marionnettes

"Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l'âge viril; mais il ne cherche au contraire, qu'à les fixer irrévocablement dans l'enfance". Parce qu'il assure son pouvoir d'entretenir dans leur minorité ceux qu'il conduit, cet État - ce Père abusif - s'impose comme unique dispensateur des plaisirs, protecteur exclusif et administrateur pointilleux de ses sujets. "Que ne peut-il, conclut Tocqueville, leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ?" On a rarement dit aussi fortement combien la démocratie, quand elle porte les hommes à se débarrasser de leurs responsabilités civiques, peut avoir des effets infantilisants. De là à suggérer qu'il entre comme une nostalgie de l'enfance dans l'abandon de soi au despotisme, il n'y a qu'un pas : celui qui conduit de l'État-providence à l'État tout-puissant.

Sur les Etats Unis du temps des colons :
étant donnée l'aspiration égalitaire, que résulte-t-il pour la liberté des hommes ? Le fait de l'égalité, constaté à l'état pur en Amérique, éveille néanmoins assez peu d'inquiétude chez le voyageur; c'est qu'il parcourt un pays où, comme il l'écrit à Chabrol, n'existe "point de gouvernement central", ni État-providence ni État tout-puissant. Les hommes y ont certes développé l'individualisme, mais de façon pondérée, c'est-à-dire en maintenant des "occasions d'agir ensemble" pour la sauvegarde de l'esprit public.

C'est ce genre de questionnements sur le rôle de l'Etat et le principe de liberté qui alimente (en partie) l'ascension de ce mouvement de "Tea Party" aux USA. Sans oublier le souvenir magnifié (en oubliant de nombreux exclus : indiens, esclaves...) d'un âge d'or marquant un compromis parfait entre liberté et égalité qui prévalait dans ce temps des colons et jusque grosso modo les 70's (années où les germes de la crise actuelle que l'on vit ont été semés), où là, l'Amérique a commencé à vraiment changer de visage. La petite maison dans la prairie en donne un bon aperçu (Sans mentir  J'adore cette série  ).

Toutefois, il faut aussi penser cette époque des USA comme une sorte d'exception malthusienne, où les hommes avaient toujours de l'espace vierge à coloniser pour faire de la croissance extensive et permettre aux nouveaux arrivants de "créer" leur terre, sans avoir à nécessairement payer la rente à ceux déjà présents.


L'égalité est-elle liberticide ?
...

Un document à lire à tête reposée pour bien appréhender ces questions.

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